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En 1979, Andrei Tarkovski, réalisateur russe de génie parti trop tôt, réalise son cinquième long-métrage, un film mystique, sombre et effrayant, s'étalant sur 2h36 minutes, mais jamais longuet, Stalker. Manque de pot, Tarkovski perdit la pellicule avec le montage final. Il dût donc le retourner, mais pour la TV cette fois, scindant ainsi son film en deux parties inégales (63 minutes pour la première, 92 pour la seconde). Et, grâce aux éditions MK2 (conseilées!) qui ont ressorti les films de Tarkovski en DVD, les intellectuels français s'en donnèrent à coeur joie de pouvoir (re)découvrir ce film, ainsi que d'autres films du Kubrick russe, pour certains très surestimé, pour d'autres, véritable génie du 7ème art.

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Le Stalker, c'est en fait un guide, qui mène des gens en échange d'un peu d'argent dans la zone, vaste territoire habité spirituellement par on ne sait quoi, totalement dévasté. La légende veut qu'une météorite y soit tombée il y a longtemps. A l'intérieur de la zone se trouverait une chambre dite "des désirs" qui exaucerait tous les voeux de ce qui y viennent. Ainsi, cette fois, le Stalker y guide le Professeur, homme en quête d'une invention pour recevoir le prix Nobel, et l'Ecrivain, qui s'aventure dans la zone pour y rechercher l'inspiration qu'il a perdue. Le vaste périple des trois hommes commence alors. Déjà, il leur faudra ruser pour accéder à la zone, territoire très protégé et interdit au grand public... Une fois arrivés via un vieux wagon, ils fabriqueront des boulons attachés à des bouts de tissus qui ne les quitteront pas du voyage, pour prévenir éventuellement un danger, ou pour retrouver le chemin du retour (bien qu'on ne repasse jamais par le même chemin, dit le Stalker). Au cours de leur voyage, l'Ecrivain pique une crise soudaine, et dit qu'il va continuer son chemin tout seul, séparément. Mais une voix surgie de nulle part l'interrompt dans sa crise... Il préfèrera donc rester avec le Stalker! Peu de temps après, c'est le Professeur qui pique une crise, s'apercevant qu'il a oublié son sac... Il va le chercher malgré le désaccord du Stalker, puis dit à ce dernier ainsi qu'à l'Ecrivain qu'il les attendra ici, pas la peine de continuer le voyage. Il le continuera toutefois, ayant entendu la phrase du Stalker citée plus haut.

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Attention SPOILERS!!

Après avoir continué leur périple, ils se rendent compte que l'accès principal pour la chambre des désirs est bouché par l'eau... Ils prendront donc un axe secondaire, celui dit de "la moulinette", véritable calvaire pour tout être qui rentre dedans. Pourtant ça n'a rien d'exceptionnel, mais la zone a ses raisons que l'être ignore. Avec courage, c'est donc l'Ecrivain qui ouvre la voie aux deux autres dans la moulinette. Passé cet épisode difficile, ils arrivent ensuite dans une salle très étrange, faite de véritables sables mouvants. La chambre des désirs n'est vraiment plus très loin. Arrivés à proximité, le Professuer sort de son sac une bombe. En effet, celui-ci venait pour détruire la zone, qu'on en finisse avec cette histoire. Le Stalker essaye de l'en empêcher mais n'y arrive pas, l'Ecrivain prenant parti pour le Professeur. Alors le Stalker va essayer de le convaincre par les mots. C'est chose faite. Le Professeur détruit sa bombe. La chambre des désirs existe-t-elle? Que cache vraiment la zone? Par où et comment les trois hommes feront pour rentrer chez eux? Tant de questions sans réponses... Une fois rentré chez lui, le Stalker est exténué, il n'en peut plus. Sa femme essaye de le réconforter, lui demandant plein de choses sur la zone. La scène finale est assez étrange: on voit la fille du Stalker, et devant elle, des verres sur une table. Les verres bougent, tombent même. Quelques secondes après, un train passe. Est-ce de la télékinésie, ou seulement les secousses du train qui a fait tomber les verres? Bien sûr, la bonne réponse sera la première.

Fin des spoilers.

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Quoiqu'il en soit, Stalker n'est pas un film que l'on regarde pour le plaisir. Stalker est une expérience philosophique que l'on se prend vlan dans la gueule. Un film tellement magistral que l'on se demande encore comment Tarkovski a fait son coup. Il a réussi à faire avec trois fois rien l'un des plus grandioses films de l'histoire du cinéma, sans aucun effet spécial, qu'avec de l'authentique. Un film de haute voltige, un choc électrique que l'on oubliera pas, et subjectivement, un des trois plus grands films de l'histoire du cinéma, avec 2001: L'Odyssée De L'Espace et Barry Lyndon, tous deux de Stanley Kubrick.

Voilà ce qu'on appelle du Grand Cinéma.