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Un de mes films de chevet. Revu hier, et toujours partie intégrante de mon "top ten de l'absolu". Le Meilleur Des Mondes Possible ("O Lucky Man" pour le titre original) est sans le moindre doute le chef d'oeuvre absolu de Lindsay Anderson, metteur en scène britannique qui a également oeuvré dans le domaine du cinéma. En la matière, Anderson est surtout connu pour sa trilogie 'Michael Travis', trois films qui ne se suivent pas mais sont centrés sur le même personnage, dans des situations différentes, toujours interprété par Malcolm McDowell (qui est purement grandiose). Le premier volet de cette trilogie, If, qui remporta la Palme d'Or en 1968, montrait Michael Travis en lycéen qui allait se rebeller contre l'autorité. Un film déjà mémorable, mais on n'avait encore rien vu: Le Meilleur Des Mondes Possible, dexuième volet de la série, sorti en 1973 (le dernier, le très barré Britannia Hospital, sortira en 1982), s'impose comme le pinacle total. Comédie totalement givrée, noire et déroutante, avec un Malcolm McDowell à son sommet (au risque de choquer, il surpasse sa performance d'Orange Mécanique !), et une musique signée Alan Price, des Animals (The House Of The Rising Sun, Don't Let Me Be Misunderstood...), dont les chansons interviennent tout le long du film, les paroles ayant évidemment un rapport avec Michael Travis.

La particularité de cette comédie est de durer pas loin de trois heures. Mais pas le temps de s'ennuyer: ça passe comme une lettre à la poste. Critique toujours hilarante mais parfois inquiétante du capitalisme et de la société de l'époque, le film raconte l'épopée de notre héros, Travis. Après une intro déjantée en noir et blanc et se passant à l'époque de l'esclavagisme, le film entre directement dans le vif du sujet. Travis est ouvrier dans une usine de café. Quand il est, avec ses collègues, briefé sur le côté commercial de la société, Imperial Coffee, il séduit malgré lui une supérieure, Gloria. Ainsi, quand les patrons de l'usine apprennent la démission de leur vendeur à domicile, Oswald, qui traverse toute la Grande Bretagne pour promouvoir la marque, Gloria suggère le jeune Michael Travis pour le remplacer. Et voilà donc Travis qui part dans sa cariole à la conquête d'un poste mieux payé et bien placé. On le suit dans ses ventes, plus ou moins fructueuses (et Alan Price de commenter le film avec ses chansons). Un jour, alors qu'il cherche son chemin, il s'incruste par erreur dans une base nucléaire secrète, et se fait arrêter. On le prend pour un espion communiste et on le soumet à la torture. Mais Travis a souvent le cul bordé de nouilles, et une alerte d'évacuation générale lui permet de se sauver. L'usine explose, Travis court au loin. Il s'en sort indemne mais sa voiture explose avec l'usine. Après s'être arrêté dans un coin religieux où il se requinque, il se rend donc à l'auto-stop pour qu'on le mène à Londres. Il tombe sur une voiture qui s'arrête sur la route de Londres, dans un centre de recherches. On lui propose de participer aux recherches, d'être cobaye, et Travis accepte, tant qu'on lui verse assez d'argent en échange ! Mais après avoir vu ce que l'on avait fait à un pauvre homme (enfin... homme... plutôt animal de foire, maintenant), Michael saute par la fenêtre et s'chappe le plus vite possible.

Continuant son périple en auto-stoppeur, il tombe sur le van d'un groupe de musiciens (celui, évidemment, d'Alan Price !), avec parmi eux une fille, Patricia, dont il tombe rapidement amoureux. Or Patricia est la fille de l'une des plus grosses fortunes de Grande Bretagne, Sir James, un grand investisseur. Travis n'yant plus vraiment d'emploi suite à tout ce qui est arrivé, il tente sa chance avec Sir James et, par un concours de circonstances, devient son assistant. Il assiste James pour les négociations et un marchandage nucléaire pas vraiment dans les règles de l'ordre... En réalité, James est un véritable truand qui s'enrichit de manières peu convenables. Quand l'inspecteur des finances fait une petite visite surprise, James accuse Travis, qui n'a rien pour sa défense. Michael passe devant la justice, est déclaré coupable et doit purger une peine de prison avec travaux forcés de cinq ans. Les cinq années passent, Travis est libéré sans avoir jamais fait de scandale... A sa sortie, il est un peu désorienté, n'a pas d'habitation, ne sait pas vraiment quoi faire dans ce monde. Il tente de sauver une femme du suicide, puis distrivue bénévolement la soupe à des clochards, parmi lesquels... Patricia ! Enfin, d"ambulant dans la nuit, il tombe sur un vendeur de prospectus pour le casting d'un film. Il s'y présente et emballe directement le réalisateur... Lindsay Anderson. Travis sera finalement le personnage principal du futur film O Lucky Man...

Au final, Travis se révèle être un véritable opportuniste, qui ne cherche qu'à bien gagner sa vie, et qui, bien qu'ayant souvent le cul bordé de nouilles, découvre à travers son expérience que la vie n'est pas forcément une partie de plaisir, et qu'il n'est que vulnérable dans un monde peuplé par des salauds, tels Sir James. C'est pour sa morale que Le Meilleur Des Mondes Possible sera, dès sa sortie, considéré comme une réécriture libre du Candide de Voltaire. Interprétation parfaite (je le redis encore une fois, McDowell tient le rôle de sa vie), scénario incroyable, mise en scène déroutante (ces longs noirs qui interviennent parfois entre deux scènes sont étonnants), musique sublime et légère (Alan Price fait vraiment du bon boulot: Poor People, Sell Sell ou Back In My Hometown sont de purs bijoux pop), humour un poil cynique, sans oublier une réalisation de qualité... Avec O Lucky Man, Lindsay Anderson signe un coup de maître, un des meilleurs films anglais de tous les temps, d'une puissance incomparable. La seule honte absolue, c'est que, comme If et Britannia Hospital, il n'existe toujours pas de DVD de ce film en France... La solution est d'acheter en ligne le DVD anglais... Pas de sous-titres, mais, de toute façon, même si on ne comprend pas la langue (perso, je me débrouille bien en anglais, donc ça va), on peut suivre le film, qui se comprend facilement... Une pure merveille absolue que ce O Lucky Man. Malgré une scène un peu ennuyeuse (la négociation entre James et les industriels Africains), ce film est un indispensable absolu, qu'il faut voir une fois dans sa vie pour mourir moins bête. Indispensable, mais vous l'aviez déjà compris !