antichrist

Trois ans ont passés sur la planète Lars Von Trier. Trois ans depuis une comédie plus ou moins ratée, Le Direktor. Ironie du sort, passée cette comédie, le réalisateur danois entame une forte dépression, qui se terminera en Antichrist, 2009. A ce jour l'avant-dernier film de LVT, Antichrist est un film totalement space et inclassable, qui fera revenir Von Trier au sommet le plus absolu. Comme d'habitude, il s'entoure de putains d'acteurs. Ici, nous sommes en présence de Charlotte Gainsbourg, qui est tout bonnement GRANDIOSE dans ce film, ainsi que de Willem Dafoe. D'ailleurs, il n'y a absolument pas d'autres acteurs ! Mais deux protagonistes géniaux, ainsi que la main de Lars Von Trier derrière la caméra, suffisent largement à faire d'un banal film d'horreur, un choc absolu, totalement sulfureux, glauque et éprouvant. Et un des tous meilleurs films de LVT. Présenté à Cannes, le film sera envisagé pour la Palme d'Or mais ne recevra finalement que le prix de la meilleure actrice pour Charlotte Gainsbourg, qui le méritait amplement. Comme d'habitude, LVT crééra sa petite polémique en se déclarant, lors de la conférence de presse, 'meilleur réalisateur de tous les temps'. Dès lors, le cinéaste sera mal jugé et vu comme mégalo et prétentieux, alors qu'il ne s'agissait probablement que d'une simple touche d'humour face à une question qui n'avait ni queue ni tête... Mais on sait à quel point l'humour de Von Trier est décalé (Les Idiots, Le Direktor) et barge ! Peu importe, Antichrist est un film qui portera ses fruits à l'écran, et sera bien accueilli par tous les amateurs de films d'horreur (j'imagine la tronche des jeunes du coin à la fin de la projection, qui s'attendaient sûrement à un énième Saw !) et de Von Trier. Pire, même les cinéphiles avertis détestant Von Trier (ce qui n'est pas rare) s'extasieront sur ce film. Il faut dire qu'il y a des raisons...

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...La principale étant la mise en scène. Mais aussi le scénario. Mais aussi les acteurs. Bref, à peu près tout. Le film débute par un prologue géantissime en noir et blanc. Sur une musique d'Haendel. Ce prologue est monumental, beau à en chialer. Comme celui de Melancholia. Durant ces six minutes absolument inoubliables que le prologue dure, on voit un couple faire l'amour. C'est filmé comme je ne m'y connais pas. A côté, leur gosse, tout jeune, se rapproche un peu trop de la fenêtre, et bascule. Y a d'la joie. Ce prologue, et je mâche mes mots, est l'une des plus belles scènes de film que je connaisse, une de mes scènes préférées. Avant de sombrer dans le cliché, continuons. La première partie est relativement calme, même si l'oppression monte peu à peu. En couleurs cette fois, on voit donc cette mère en deuil, qui, d'ailleurs, n'arrive pas à faire son deuil, sombre dans une dépression morne et n'a plus le goût de vivre. Son mari, thérapeute, la soutient. Au début du film, on suit l'évolution de ce couple. L'homme qui a bien fait son deuil, mais la femme qui n'en finit plus de sombrer. Finalement, le couple anonyme décidera de se rendre à l'Eden, une grande forêt où la femme venait se retirer parfois avec son fils, et qui l'obstine de plus en plus. La traversée de la forêt est dure et douloureuse pour la femme, qui peine à avancer, hantée par le deuil et la dépression qui s'en suit. Finalement, le couple arrivera au chalet qui servait d'exutoire à la femme. Et là, le gros du film peut agréablement démarrer !

L'homme découvre lentement mais sûrement une forêt où la nature a repris ses droits. Pluie de glands sur le chalet, insectes ressemblant à des sangsues qui viennent lui sucer la main au petit matin... L'homme découvre aussi, dans le grenier du chalet, une thèse sataniste de la part de la femme, et une histoire de rite bizarre et sanglant... Enfin, la femme sombre peu à peu dans une folie sexuelle particulièrement macabre, qui va la pousser à faire souffrir mille morts à son mari... Au programme, castration du mari avec un bout de bois, éjaculation sanglante, partie inférieure de la jambe découpée puis clouée... Puis enfin, excision vaginale (scène particulièrement atroce, on a beau être un homme, on a mal pour elle !!). Voilà pour les hostilités ! Tout cela se terminera dans une scène où le mari se résout à étrangler sa femme et fuir l'Eden. A partir de là, épilogue, en noir et blanc, comme le prologue, durant lequel le mari, paumé dans l'Eden, sombre lentement au milieu d'une foule de femmes au visage caché. Représentation de sa femme déchue et rongée, une déchéance qui se terminera en drame sanglant et sombrement sulfureux. Le mal, dans Antichrist, débute par une scène d'amour torride, un amour qui hantera la mère longtemps, pour finir dans un sexe scabreux et glauque, et les hostilités que l'on sait !

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Antichrist n'est pas un film d'horreur qui fait sursauter. Sauf peut-être une ou deux scènes, mais dans l'ensemble, rien de grave. Malgré les tortures proposées, le film ne sombre pas dans le gore outrancier. S'il est interdit aux moins de 16 ans (et c'est un minimum !), c'est pour ses scènes de sexe sans concession. Dès le prologue, et même dès les tous premiers plans du film, on voit tout de même une pénétration, plus les scènes atroces citées plus haut, qui sont également peu avares en la matière... Bien sûr, tous les plans passent très vite, et le film ne sombre pas dans l'érotique pervers... Mais tout de même, on assiste à quelques plans gratinés ! Sans ces scènes, le film serait sûrement interdit aux moins de 12 ans. Mais ce n'est qu'un détail. Antichrist est un film fantastiquement trippant et puissant, qui emmène le spectateur dans un trou sans fond. A la fin du film, le spectateur est comme la femme anonyme, terrassée, dérangée, pertrubée, folle. De plus, malgré le fait qu'Antichrist ne soit pas un film que l'on regarde pour le plaisir (ou alors, vous êtes un sacré masochiste !), le temps passe très vite. Bref, le statut d'Antichrist n'est absolument pas usurpé: un sacré film bien space et d'épouvante crue, où le sexe n'a d'égal que la mort. Von Trier revient au sommet, et signe son meilleur film depuis Europa, voire même peut-être depuis Epidemic ! Un choc monumental et terrifiant, dédié, en plus, au grand Andrei Tarkovski, le Kubrick russe, un des plus grands réalisateurs de tous les temps, parti trop tôt.

Que dire de plus ? Putain de film.