Le Ciné De Koa

07 mai 2012

Peinture, religion, Histoire, mysticisme

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On a souvent tendance à l'oublier; pourtant, le fait que ce film ait pu parvenir à nous, cinéphiles du XXIème siècle, est un miracle. Andrei Tarkovski est un réalisateur maudit par excellence, et il aura rarement été aussi maudit qu'avec ce film. Malgré tout, un chance inouïe fera que le film dont nous allons parler maintenant existe bel et bien. Andrei Tarkovski a démarré sa carrière de cinéaste de manière forte, en 1962, avec un superbe film de guerre pacifiste déjà abordé ici, L'Enfance D'Ivan. Pourtant, à travers ce coup d'essai, le style Tarkovskien n'est pas encore trop défini. Il faut pour Tarkovski s'imposer véritablement à travers un chef d'oeuvre. Le soviétique est fasciné par un autre Andrei, Roublev celui-là: un peintre-moine du XVème siècle, et décide de romancer sa vie. Un jour, le script tout juste terminé, il prend un taxi avec son oeuvre noire sur blanc dans les mains. Mais quand il descend, Tarko s'aperçoit... qu'il a oublié le script dans le taxi. C'est la dèche complète, le néant. Il décide d'aller se prendre une murge pour oublier. Deux heures plus tard, quand Tarkovski sort du bar, un taxi s'arrête devant lui... C'est le même, qui vient pour lui rapporter son script. Un cul monstre ! Et une histoire tout à fait vraie, racontée par Tarko lui-même quelques années plus tard... Le film est terminé en 1966, mais pour le cinéaste, les emmerdes ne sont pas finies. Car maintenant, il se frotte à la censure soviétique ! Le film, pour son côté historique douteux et violent, est censuré. Finalement, il est projeté à Cannes en 1969, année de sa sortie internationale... Mais il ne sortira en URSS qu'en 1971. Film maudit et chanceux à la fois, qui fait déjà de cet Andrei Roublev un véritable objet de culte.

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Andrei Roublev est donc le deuxième film de Tarkovski, encore une fois en noir et blanc. Un noir et blanc sublime et travaillé au possible. Pour la première fois, le réalisateur embauche son acteur favori, Anatoli Solonitsyne (alias Stalker dans le film du même nom, Sartorius dans Solaris...), ainsi qu'un autre avec qui il tournera souvent, mais pour des rôles secondaires: Nikolaï Grinko. Du reste, la distribution est très méconnue. Andrei Roublev est également le film le plus long de Tarko, et il faut noter qu'il a reçu plusieurs montages au fil du temps. A sa sortie en 1969, le film dure quasiment 3h30 ! Puis très vite, d'autres moutures apparaîtront pour la dsitribution: 2h30, 2h45... Finalement, le montage définitif du film est de 3 heures, ce qui est déjà très long pour un film de ce genre ! Si ce chef d'oeuvre, désormais véritable classique du cinéma russe, peut sembler être un biopic, il ne l'est pas: en effet, bien que se basant sur des personnages réels, Andrei Roublev est romancé de bout en bout. Et d'ailleurs, le film ne dépeint (le cas de le dire !) pas toute la vie du moine peintre... Andrei Roublev est un film à courts-métrages, retraçant des épisodes seulement de la vie de l'intéressé. Un prologue, huit parties, et un épilogue. Pour des moments de vie allant de l'an 1400 à 1423. Un projet gigantesque, donc !

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Le film est marquant dans son intégralité, et passé un prologue déjà superbe, plusieurs parties finissent par hanter le spectateur. Comment oublier cette première demi-heure remarquable, L'Histrion, ou Andrei et ses frères errent au milieu de nulle part, avant de tomber sur quelques pouilleux se moquant des boyards, les aristocrates russes de l'époque... Scénaristiquement, les scènes sont simples, mais comme toujours chez Tarkovski, tout se joue dans l'image, l'importance accordée aux détails et au tournage. Théophane Le Grec est une partie importante du film, durant laquelle Roublev est envoyé à Moscou pour peindre une cathédrale. S'ensuit La Passion Selon Saint Andreï, segment très religieux et bavard, mais pas inintéressant pour autant, posant le cadre des scènes philosophiques chères à Tarkovski, et s'achevant sur une immense reconstitution christique. Puis, La Fête, partie mystique et violente où Andrei et son équipe assistent à une fête païenne et où Andrei est fait prisonnier sur la croix, avant d'être libéré par une jeune fille. Il était temps, car des soldats arriveront pour massacrer les païens... Le Jugement Dernier, bien plus posé malgré son titre, se tient entièrement dans l'église en construction de Vladimir, où Andrei, ses apprentis et ses artisans sont censés peindre une reconstitution du Jugement Dernier. Mais Andrei en est incapable, car il ne veut pas terroriser les gens, se souvenant d'un moment terrible de sa vie lors duquel un prince fit crever les yeux des artisans pour les empêcher de reproduire les oeuvres qu'ils avaient crées...

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Le Sac est la partie la plus féroce et violente du film, qui montre les Tatars envahir et détruire Vladimir. En tentant de protéger une jeune fille, Durochka, de son potentiel violeur tatar, Andrei tue celui-ci, ce qui pertrube profondément sa vie de moine. Il décidera à partir de là de se retirer et de faire voeu de silence. Le Silence, justement, montre Roublev qui est retourné au monsatère en ne disant mot. Il retrouve dans un état minable son ancien compagnon Cyril. Enfin, La Cloche, segment le plus long du film, où un jeune homme doit construire une cloche, héritage paternel oblige, en sachant que s'il échoue, il sera éxécuté. Andrei, errant dans le silence, observe jour après jour la construction de la cloche... L'épilogue, enfin, est en couleurs, et montre des oeuvres d'Andrei Roublev. Une conclusion en forme d'hommage prenant et magnifique.

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Parfois violent, Andrei Roublev saisit le spectateur jusqu'au bout, est un témoignage remarquable. La mise en scène, comme toujours chez Tarkovski, est immense, les acteurs aussi. Malgré ses trois heures, rien n'est à retirer, tout est sublimé par la verve d'un fantastique cinéaste, l'un des seuls au monde à n'avoir signé absolument aucun mauvais film. Dire que celui-ci n'est même pas son meilleur... C'est en tous cas l'un de ses plus marquants et de ses plus reconnus, qui permet à Tarkovski de s'affirmer. Un sommet.


07 avril 2012

L'illusion de l'inconscient

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Revoilà le cas Andrei Tarkovski. L'un des plus grands génies de toute l'histoire du cinéma, qui n'aura pas réalisé beaucoup de films (seulement sept), la faute à un maudit cancer; mais qui a marqué à jamais non seulement le cinéma russe, mais aussi le cinéma mondial, en enchaînant les éternels chefs d'oeuvre. De ses films, trois se disputent largement la première place dans le classement: l'expérience philosophique indescriptible de Stalker, le lent mais sublimissime testament Le Sacrifice sorti peu avant sa mort, et celui auquel nous allons nous intéresser aujourd'hui, Solaris. Considéré comme un 2001 L'Odyssée De L'Espace russe, Solaris sort quatre ans après le dit film de Kubrick, en 1972. Basé sur le roman de Stanislas Lem, il s'agit du troisième film de Tarko. Tourné avec des acteurs (russes, en toute logique) peu connus, le film bénéficiera trente ans plus tard d'un remake américain de Steven Soderbergh avec George Clooney dans le rôle principal. Inutile de dire que le remake doit être banni, et était de toute façon, complètement inutile, comme si on avait osé faire un remake de 2001... Car le Solaris original, du haut de ses 2h40 (ah ben, c'est un film de Tarkovski hein...), est un sérieux concurrent au film de Kubrick, et mettra une sacrée baffe dans la gueule de tous ceux qui pensaient qu'ils n'avaient plus rien à voir en matière de science-fiction, une fois 2001 vu. Les deux films ont toutefois des différences, et elles sont grosses; mais on peut très largement comprendre le rapprochement fait entre les deux oeuvres. Inutile d'attendre de la SF bourrine à la Star Wars. Nous sommes ici face à un film poétique, contemplatif, philosophique... bref, Tarkovskien.

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Tout commence au bord d'un étang, dans les bois. Une grande maison paumée au milieu de nulle part. C'est la maison familiale dans laquelle vit Kris Kelvine, un ingénieur/psychologue appelé à partir sur la base de Solaris. Solaris, c'est une planète où se trouve un Océan énigmatique, pas comme les autres. Une force surhumaine, qui a le pouvoir de matérialiser les rêves, l'inconscient et les pensées de ceux qui l'approchent. Kelvin a été briefé sur sa mission par l'un de ses amis et maîtres, Ghaborian, qui n'a cessé de s'investir dans le projet de "conquête" de l'Océan, jusqu'à passer pour un fou, et qui est maintenant l'un des trois scientifiques (la base a été construite pour en faire vivre 80...) à rester à proximité de Solaris. Quand Kelvine arrive à la base, il découvre que Ghaborian s'est suicidé, et qu'il ne reste donc que deux scientifiques, Snaut et Sartorius (joué par l'acteur fétiche de Tarko, Anatoli Solonitsyne), présentant chacun quelques signes de folie. Kelvine s'interroge sur la présence de deux femmes inconnues dans la station, que les scientifiques semblent ignorer. Peu de temps après, il s'endort et se réveille auprès de son ex-femme, Khari... morte par suicide il y a 10 ans. Kelvine ne se fait pas berner, sait qu'il s'agit d'une hallucination que lui envoie l'Océan de Solaris, et tente de la faire disparaître en la mettant dans une fusée qu'il fait partir. Pourtant, Khari ne cesse de revenir, devenant de plus en plus humaine à chaque contact... à moins que ce ne soit Kelvin qui devienne de plus en plus prisonnier de son apparition...

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2h40 pour ça ? se disent les outrés lecteurs de mon blog. Pensez-vous, mes frères; il n'y a là qu'un synopsis ultra-simplifié, le film est résumé dans ses grandes lignes ! Tarkovski, comme toujours, laisse une importante place à tout le côté descriptif des choses, fait parler le silence pour le faire devenir plus silencieux encore. Il se passe bien trois quarts d'heure avant que Kelvine ne débarque sur Solaris, et l'ensemble du film est très lent, mais n'enlève rien à sa qualité. Bien sûr, la fin ne sera pas révélée ici, et il y a de quoi. Tout le film prend son sens (enfin, encore plus de sens) dans sa dernière image, vous avez bien compris. La dernière image, à quelques secondes du panneau 'fin' ! Clairement, on ne s'attend pas à ça, et la fin du film laisse sur le cul, surtout quand on le voit pour la première fois. Cette dernière image, surtout mise en rapport avec l'étang près de la maison, constitue une véritable question philosophique dont Tarkovski est friand. Le réalisateur est également friand de perfectionnisme, et il atteint ici des sommets de réalisation. La plupart des scènes sont d'une splendeur et d'une puissance incomparable dans la photographie. Si Kubrick avait été russe, il n'aurait pas fait mieux. Mention spéciale à la scène où Kelvine et Khari sont en apesanteur sur cet immense morceau de Bach. La scène la plus intense du film pour moi, qui m'a presque fait lâcher une larme. Mais dans l'ensemble, de l'intro du film où nature et homme ne font plus qu'un, en passant par les premières apparitions de Khari, TOUT, dans ce film, est d'une beauté technique incroyable, qui saisit aux tripes jusqu'à l'accomplissement final où le spectateur ne domine plus le film, mais où le film domine le spectateur.

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La distribution, pour méconnue qu'elle est, est magistrale; les acteurs sont excellents, et ça fait plaisir de voir, même dans un petit rôle, Anatoli Solonitsyne, l'acteur principal de Stalker et Andrei Roublev, un grand acteur par le talent, mort extrêmement tôt (avant Tarkovski, c'est dire...). La musique originale (outre le morceau de Bach qui revient tout le temps), signée Edouard Artémiev, est aussi terrifiante que celle de 2001, et essentielle au film. Bref, Solaris, oeuvre majeure de la science-fiction intelligente, aussi belle que lyrique et poétique, fait partie de ces films qui, quand on les voit, gardent avec eux une partie de l'âme du spectateur. On devient possédé par l'expérience Solaristique, comme on est possédé par la Zone de Stalker où le foetus de 2001. Il faut prendre le temps de voir ce genre d'oeuvres uniques au monde, de celles qui, comme le soulignait un de mes collègues bloggeurs, fait comprendre pourquoi il y a le mot science dans 'science-fiction'. Un monument.

28 février 2012

L'instinct de vengeance

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Ce film est terrifiant. Quatrième western de Clint Eastwood en tant que réalisateur, Impitoyable est sorti en 1992. Réunissant Eastwood lui-même, mais aussi Morgan Freeman, Gene Hackman et Richard Harris (regardez l'affiche, enfin !), Impitoyable est souvent considéré comme le dernier grand western de l'histoire du cinéma à ce jour. Et c'est fort possible. Pourtant, certains diront que Impitoyable n'est pas un vrai western. Et comment s'en insurger: en un peu plus de deux heures de film, Clint Eastwood casse tous les poncifs du genre. Comme pour donner une allure testamentaire au genre du western. Pourtant, le film n'a sûrement pas été imaginé comme ça: le projet traînait dans la tête du grand Clint depuis les années 70. A cette époque, Clint est toujours un grand friand de westerns et se met en scène lui-même, à travers des films tels que L'Homme Des Hautes Plaines ou Josey Wales, Hors-La-Loi. Le script de Impitoyable a donc été écrit dans la foulée. Mais Gene Hackman, peu convaincu par le scénario, avait refusé d'y jouer. Eastwood mettra 20 piges à le faire changer d'avis. Impitoyable sort à une époque où le western est révolu. Et c'est bien ça qui fait toute son allure de "dernier des derniers"...

1880. William Munny est un ancien tueur à gages, qui vit désormais tranquillement à la campagne avec ses enfants. Sa femme est morte deux ans auparavant, et Munny lui doit tout: l'arrêt de l'alcool et de son "métier". Un jour, le Kid de Schofield, un jeune premier qui voudrait devenir tueur, vient à sa rencontre en lui proposant de s'associer pour remporter une récompense: en effet, dans la petite ville de Big Whiskey, Delilah, une prostituée, a été tailladée au visage par un client de bar ivre, et les putains de la ville proposent 1000 dollars à quiconque vengera leur amie. Munny, d'abord, refuse. Mais il a besoin d'argent, et finit par accepter le deal, tout en convainquant son vieux pote Ned Logan de se joindre à lui et au Kid. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'à Big Whiskey, la terreur règne: le shérif de la ville, Daggett, a interdit les armes dans sa ville et fait régner l'ordre, et l'oppression, en se conduisant comme le pire des salopards. Sa démonstration de force face au tueur English Bob le prouvera.

SPOILERS !

Munny est un homme vieux et fatigué. Quand il arrive à Big Whiskey avec ses partenaires, il est malade, et Daggett n'aura aucun problème à le désarmer et à le foutre dehors à coups de pied dans la gueule, pendant que le Kid et Ned prennent du bon temps... Récupérant de la force, caché aux portes de la ville pendant 3 jours, il est aidé par les prostituées. Quand son état de santé se rétablit, Munny part à la recherche du complice du cow-boy ayant tailladé Delilah. Il n'aura aucun mal à le trouver et le fait agoniser du haut d'une falaise. Mais avec cet assassinat, Logan se trouve confronté à lui-même: il n'a plus la force de tuer, et décide de rentrer chez llui, en rompant le contrat avec les deux autres. Munny et le Kid trouvent enfin celui qui a tailladé Delilah, et c'est le Kid qui l'abat sur les chiottes. Une expérience qui sera traumatisante pour lui: le Kid avait évidemment menti quand il disait qu'il était un tueur redoutable. Le tailladeur est sa première victime, et sera aussi sa dernière: il ne veut plus tuer. Les 1000 dollars sont attribués à Munny et au Kid par les prostituées. Mais Munny apprendra aussi la mort par torture de son ami Ned... En effet, celui-ci, rentrant chez lui, a été capturé par les hommes de Daggett et soumis à la torture. Son corps est exposé à Big Whiskey. Triste de cette nouvelle, Munny envoie le Kid ramener la part de l'argent qui revenait à Ned à la veuve de celui-ci. Seul dans le désert, Munny n'a plus qu'un but: venger son pote...

Fin des spoilers.

Ici, donc, pas de jeune et fort gentil, pas de gentil shérif, pas de méchant qui arrive subitement et de duel à l'air libre entre deux saloons. Ici, le gentil de l'histoire est un tueur has-been qui a pris sa retraite. Le séhrif est le pire des enfoirés, les duels sont des coups de pied dans la gueule et une fusillade sur le siège des chiottes... Finalement, Impitoyable n'est pas un western comme les autres. C'est un drame sur quelqu'un de déchu qui revient, hésitant, parce qu'il a besoin de fric. Et tout ne sera pas rose pour lui, loin de là. Impitoyable est indéniablement la fin du mythe Eastwood, et ça, Clint en a bien conscience quand il tourne son film. C'est la fin de celui qui passait son temps à déjouer les plans maléfiques des méchants de Leone. C'est la fin de Josey Wales, de Pale Rider ou de l'Homme des hautes plaines. Pour la première fois, Eastwood est un anti-héros. Toutefois, la fin le voit triompher d'une manière absolument terrifiante. Il y a deux passages glaçants dans ce film, qui sont opposés et viennent se compléter. Le premier, c'est celui où Munny, déchu, se fait virer à coups de pied par Daggett. William Munny est affaibli et part en rampant, il n'a plus de forces, il n'a plus rien, et est condamné à errer en bonne loque humaine sous la flotte tombant à gros bouillons. Il n'est plus le tueur qu'il était, il est un vieux minable alcoolique, celui que sa femme avait réussi à mettre K.O. Une scène qui glace le sang du spectateur, clairement. Et la seconde, c'est évidemment la fin. Dans une même nuit profonde, Munny revient, en pleine forme cette fois. Son instinct de vengance parle, et la fin, quelque part, est le seul moment du film où le grand Clint brille. Dézinguant tout le monde, il n'est plus l'ombre de lui-même, et fait régner l'ordre. Il a récupéré toute sa force et s'en va dans cette fin terrible. Le silence qui règne sur Big Whiskey est terrifiant, Clint devient un vengeur assoiffé qui repart dans le silence le plus total et le plus éprouvant pour le spectateur. C'est quelque chose de tuer un homme, on le prive de tout ce qu'il a et de tout ce qu'il aurait pu avoir, dit Munny au Kid à un moment du film. Ici, c'est exactement ce que le spectateur ressent. Méchants ou pas, il ne reste plus rien à Big Whiskey, si ce n'est les putes et 2/3 pélerins, qui n'osent rien faire. Tout est rasé, laissant Clint se tirer royalement sur son cheval en lançant cette phrase culte, je reviendrai et je vous tuerai tous. 10 minutes magistrales qui sont probablement les plus refroidissantes de toute l'histoire du western. On ne dira jamais assez à quel point ce film est grandiose.

Impitoyable, ou du très grand Clint Eastwood.

31 décembre 2011

Le come-back ultime

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CE BLOG A 2 ANS (et 7 jours...) !!

Admirable. Ce film a beau avoir pris 60 piges, il reste un inoxydable joyau de l'histoire du cinéma. Immense classique du 7ème Art, sorti en 1952, Les Feux De La Rampe est l'un des plus grands films de Charles Chaplin, et accessoirement, mon préféré absolu de lui. Oui, devant Les Temps Modernes, Le Dictateur ou n'importe quel autre de ces films cultes pourtant admirables. Plus long film de Chaplin avec presque 2h20 au compteur, Les Feux De La Rampe réunit Chaplin lui-même (logique), son fils Sidney, Claire Bloom, Norman Lloyd, et même Buster Keaton, dans un inoubliable numéro de clown muet rappelant les grandes heures de ces deux légendes du burlesque, devenues dans les années 50, des papis du cinéma. En effet, Les Feux De La Rampe est réalisé et joué par un Chaplin de 63 ans... Il s'agit de son ante-pénultième film, et sûrement de son dernier triomphe total. Le temps de Charlot est révolu, et Chaplin arbore dorénavant des rôles diverses et variés, loin de son légendaire bênet moustachu. Pourtant, notre héros des Feux De La Rampe pourrait bien être une sorte de Charlot vieilli et désespéré. On tient ici un film nostalgique, essayant de revenir à une certaine époque, et c'est sûrement ça qui a fait le succès de l'oeuvre.

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Chaplin interprète Calvero, un personnage un peu triste, qui vit dans un petit appartement et noie ses soucis dans l'alcool. Un jour, il rentre chez lui, bourré, et sent une odeur de gaz. Il sureprend alors, dans l'appartement voisin, une jeune fille ayant tenté de mettre fin à ses jours en ouvrant le gaz. Il la sauve et l'accueille dans son chez lui. Cette jeune fille, c'est Terry, une jeune danseuse dépressive et hypocondriaque, d'à peine 20 ans. Elle se figure qu'elle a un problème aux jambes, ne peut pas marcher et ne pourra jamais plus danser. C'est un coup dur pour elle, et Calvero tente de lui faire retrouver l'espoir et le goût de la vie. On découvre alors qu'il est une ancienne star du music-hall, un clown aux allures de vagabond, qui a connu un grand succès, et est aujourd'hui un has-been. Le personnage de Terry lui fait de plus en plus se rappeler de sa jeunesse, jusqu'à faire plusieurs rêves incluant ses anciens numéros de clown, où il brillait. C'est décidé: Calvero veut faire son retour, toujours aidé par Terry. Un come-back qui sera des plus périlleux, passant par les bides et les rôles alimentaires...

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Jamais longuet malgré sa durée imposante, le film est, pendant toute sa durée, une pure merveille de nostalgie et d'optimisme. Chaplin est purement magistral (un de ses plus grands rôles, clairement), mais les autres acteurs ne sont pas en reste, à commencer par Sidney Chaplin, superbe en Neville, ce jeune musicien un peu timide et maladroit, qui fera vaciller le coeur de Terry. Le film, remarquablement bien tourné, offre quantité de scènes mémorables, tour à tour drôles, touchantes, larmoyantes (c'est avant tout un drame). Larmoyante est la fin du film, d'ailleurs. Une dernière séquence inoubliable et peut-être la plus belle de toute la filmographie de Chaplin. Pourtant, la scène la plus mémorable des Feux De La Rampe reste sans aucun doute ce numéro incroyable entre Chaplin et Buster Keaton, qui fera à nouveau la gloire de Calvero, une gloire malheureusement éphémère. Absolument rien à dire au sujet de cette séquence hilarante, 10 minutes de bonheur muet rappelant le bon temps. En bref, Les Feux De La Rampe n'a pas à rougir des anciens Chaplin. Mieux encore, il est de ces films que l'on peut appeler des diamants bruts, et qui ne prendront jamais la moindre ride. Pardonnez-moi cette chronique sans doute un peu courte pour parler d'un pareil monument, mais, face à la perfection absolue, je ne vois jamais vraiment quoi dire. Immense.

05 novembre 2011

"J'aime l'odeur du napalm au petit matin..."

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Putain de Viêt-Nam, 2ème partie. En effet, après avoir abordé l'immense Voyage Au Bout De L'Enfer de Michael Cimino, pourquoi ne pas s'attaquer à son concurrent, monstre absolu du cinéma sorti un an plus tard, en 1979, et qui remportera la Palme d'Or (à égalité avec Le Tambour de Volker Schlöndorff) la même année ? Vous m'avez compris, je parle du chef d'oeuvre absolu de Francis Ford Coppola, film fleuve réunissant un casting grandiose et ayant été une véritable date dans l'histoire du cinéma, Apocalypse Now. D'abord sorti dans une version de 2h30, le film a connu son émancipation il y a à peu près dix ans, rendant sa durée définitive à 3h15, pour encore plus de sensations fortes. C'est bien de cette deuxième version (et la meilleure !) que je vais parler ici. Mais cela va être difficile, tout simplement parce qu'on ne présente plus Apocalypse Now. Non content de son casting fabuleux fait de Martin Sheen, Marlon Brando, Lawrence Fishburne, Dennis Hopper, Harrison Ford et Robert Duvall, entre autres, le film a aussi la malheureuse réputation d'avoir été le plus fastidieux et le plus horrible à tourner de toute l'histoire du cinéma mondial. Et pour cause, parlez d'un tournage maudit: crise cardiaque de l'acteur principal, Martin Sheen; Dennis Hopper ayant un minibus à lui seul tellement son odeur était insupportable (il avait arrêté de se laver pour paraître plus crédible !); guerre civile sur les lieux de tournage; violentes tempêtes... J'en passe et des meilleures, ou au moins des tout aussi fortes. De quoi péter les plombs pour ce pauvre Francis Ford Coppola. Néanmoins, le film arrivera bel et bien à terme, donnant au final un choc absolu, et l'un des plus grands films faits sur la guerre.

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Et d'ailleurs, peut-on encore parler de simple film de guerre ? A ce stade là, ce serait plutôt un gigantesque bad trip sous LSD. Car le côté trip est très présent dans Apocalypse Now. A l'image de l'intro du film, une intro cultissime sur le The End des Doors. Les paysages du Viêt-Nam, et, dans une petite cabine de Saïgon, le capitaine Willard, joué par Martin Sheen, se reposant. Superbe entrée en matière avec le personnage principal, qui va accompagner sa propre folie durant les trois heures du film. A noter que, lors de cette scène, lorsque Sheen casse le miroir (culte...), ce n'était pas du tout prévu: Sheen, emporté dans son entraîn, ira jusqu'au bout de son personnage... Déjà, on est happé par une ambiance hors du commun qui prouve bel et bien que nous venons d'entrer dans un chef d'oeuvre absolu. De quoi parle le film plus précisément ? En fait, il est inracontable... Le capitaine des armées Willard est chargé de partir en mission périlleuse aux confins du Viêt-Nam. Sa mission ? Eliminer le colonel Kurtz, un brillant homme d'armée, très intelligent, qui a su se hisser au sommet, et même se hisser trop haut: devenu complètement fou, il s'est fait le demi-dieu d'une tribu sur une île. La seule solution pour le stopper dans sa folie est de l'abattre.

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Willard part donc en embarcation avec ses confrères soldats. Les deux premières heures du film racontent leur voyage vers l'île où Kurtz règne. Un voyage qui sera semé d'embûches, parmi lesquels le célèbre bombardement de la ville sur la Chevauchée des Walkyries de Wagner. Une scène culte et immense qui représente à elle seule toute la partie du film où les soldats accompagnent le colonel Kilgore (joué par Robert Duvall, et qui prononce la phrase mythique qui a donné son titre à l'article), un vrai timbré qui ne pense qu'au surf. Mais ce n'est pas le seul moment inoubliable... En fait, tout est inoubliable dans ce trip. J'aime même cette scène contestée, qui n'apparaît que dans la version longue, où les soldats en mission prennent du plaisir avec des pin-ups à l'intèrieur d'un vieil hélicoptère négocié. Une scène que beaucoup jugent inutile, mais qui est, je trouve, pleine de tension, une tension latente, qui en rajoute à l'enfer que nos héros vivent. Toujours est-il qu'au fil du voyage, Willard explore le passé du colonel Kurtz, son ascension insensée, son parcours. Il devient vite complètement captivé par cet homme, qu'il considère comme un génie absolu et un visionnaire, et se demande comme il a pu sombrer dans une telle folie. Plus les jours avancent, plus il tarde à Willard de rencontrer cet homme qu'il admire par dessus tout. Plus Willard perd des hommes, aussi.

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C'est après une scène culte (qui, encore une fois, n'apparaît que dans la version longue) mais assez ennuyeuse et se traînant en longueur (la seule du film, de loin !), où Willard est convié dans une plantation française, qu'il finit par arriver sur l'ïle de Kurtz. La dernière heure du film se passe sur l'île, et est magistrale de bout en bout. L'arrivée est immense. Dans le calme le plus gênant et le plus pur, Willard arrive, observé par la tribu. A l'entrée de l'île, ces deux mots écrits sur la pierre: APOCALYPSE NOW. Il fait la rencontre, sur cette île, d'un ancien reporter devenu complètement maboul, et campé par un Dennis Hopper en pleine forme (et faisant subir son horrible odeur aux autres acteurs, comme dit précédemment !), qui le guidera à Kurtz. Kurtz, c'est avant tout un Marlon Brando vieillissant, gros, qui n'a évidemment plus son charme d'antan, mais est deux fois plus impérial. Quand Kurtz sort de l'ombre, il fait à Willard un monologue terrassant sur l'horreur, la base même de l'horreur. Willard est dépassé par tout ce qu'il a subi, et, au lieu de tuer tous les indigènes, comme Kurtz le lui avait recommandé, il tue Kurtz au cours d'un sacrifice indigène, toujours sur ce The End oppressant où Jim Morrison clame des kill terrifiants. La fin est incertaine, mais on la devine aisément: Willard est devenu Kurtz, a pris sa place et est bien décidé à régner. Willard est devenu fou. Il a vu... l'horreur...l'horreur.

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Concrètement, que dire de plus... Que tous les acteurs sont monumentaux, de Martin Sheen qui touche le rôle de sa vie à Marlon Brando qui campe sa dernière heure de gloire, en passant par ce Dennis Hopper renversant (ce mec, de toute façon, est un fou furieux: quiconque a vu Blue Velvet le sait bien !), et ce Robert Duvall en colonel aussi déglingué qu'incompétent et bourrin... Apocalypse Now est plus qu'un simple film de guerre: c'est un voyage mystique au bout de la folie. Comme il y en a à chaque fois dans les grands films sur le Viêt-Nam. Dans Voyage Au Bout De L'Enfer, c'est Nick qui devient complètement possédé et dépendant de la roulette russe. Dans Full Metal Jacket, c'est Lawrence alias Baleine, simple d'esprit, qui disjoncte à cause du sergent, et finit avec une balle dans la bouche. Ici, c'est Willard, qui s'enferme dans l'ombre d'un homme qui n'a plus sa tête. Une aventure psychologique hors du commun, qui laisse dans la tête de chacun  des empreintes indélébiles. Sans le moindre doute le plus grand film sur la guerre de la honte avec Voyage Au Bout De L'Enfer (je mets les deux au même niveau, personnellement), et l'un des plus grands films sur la guerre tout court, quelle qu'elle soit. Un monument souvent imité mais jamais égalé, qui prend aux tripes et y reste longtemps après.

L'horreur...l'horreur...


14 octobre 2011

On devrait appeler ça la roulette Viêt-Namienne

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Pan dans la tronche. C'est peut-être l'effet que ça fait aux personnages du film, mais c'est aussi l'effet produit sur le spectateur quand il regarde pour la première fois Voyage Au Bout De L'Enfer. On ne présente plus ce film, clairement. Seconde oeuvre du maudit Michael Cimino (mais alors, un réal vraiment maudit, qui fera couler United Artists en réalisant le plus gros bide de l'histoire du cinéma, La Porte Du Paradis, qui, coûtant 40 millions de dollars, n'en avait rapporté que 3 millions... enfin bref), il s'agit également de son chef d'oeuvre absolu, et du premier gros film sur la plus grosse honte des USA, la guerre du Viêt-Nam. Contrairement à ce que la plupart des gens pensent, ce n'est pas Apocalypse Now qui a lancé la mode des films sur cette triste guerre, c'est bel et bien Voyage Au Bout De L'Enfer (et son titre original The Deer Hunter, soit "le chasseur de cerfs", ce qui convient mieux au film et n'a une fois de plus rien à voir avec la traduction française), sorti un an avant le film de Coppola, en 1978. Mais bon, les deux films sont chacun de gros chocs dans la gueule, et même si Apocalypse Now est sans doute plus grandiose, car on n'y trouve aucun temps mort, le film de Cimino n'a clairement pas à rougir de son camarade. Ici, on retrouve l'immense Robert DeNiro dans l'un de ses plus grands rôles, mais ce serait un crime de ne pas citer le superbe Christopher Walken, qui livre également une sacrée prestation. Un duo imparable, qui va savoir durer sur 3 heures de bobine, et ça, ce n'est pas donné à tout le monde !

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Pour Voyage Au Bout De L'Enfer, on parle souvent de film de guerre à cause de cette demi-heure qui a marqué tous les esprits, mais dans le fond, il s'agit plutôt d'un drame psychologique pur et dur. Malheureusement, si le film de Cimino a un défaut, c'est bien la demi-heure du mariage, au début de l'oeuvre... Bon, le tout début est assez sympa, on voit nos héros, c'est-à-dire Steven, Michael et Nick, à leurs ateliers de travail (sidérurgie), qui savent qu'ils vont prendre bientôt un aller sans retour immédiat pour l'Asie de l'Est, et combattre pour leur drapeau. Mais très vite, le film s'embourbe dans une scène de fête de mariage interminable, qui va bien s'étaler sur une demi-heure. Et, on aura beau dire, au bout d'un moment, on s'emmerde. D'autant plus que l'on attend la grosse viande du film... On veut des explosions sous les palmiers, on veut de la tension, et des tripes à l'air. On veut la GUERRE, non mais ! Mais le film va au-delà, et le prouve. Alors que l'on s'endormait férocement, tout commence à devenir plus intéressant lorsque, au petit matin, Steven, Michael et Nick, accompagnés de John, vont faire une partie de chasse. Car leur grand hobby, quand ils ne sont pas dans leur job d'ouvriers, c'est la chasse au cerf. Une scène parfois assez amusante, qui permet à nos héros d'oublier leur départ proche. Pourtant, le première partie du film (c'est-à-dire, le quotidien des futurs guerriers...) s'achèvera sur une scène absolument magnifique et sans concession, dans un bar où règne le désespoir de partir... Cimino, clairement, joue avec les humeurs...

Et là, d'emblée, commence le gros absolu. La demi-heure de tripaille inoubliable et de tension rarement égalée dans l'histoire du film de guerre. Sans aucune pitié nous est exposée l'horreur absolue du Viêt-Nam, et ces scènes d'enfer dans lesquelles les geôliers particulièrement barbares, forcent leurs prisonniers à jouer à ce si beau jeu de la roulette russe, et son principe bien connu. Mike et Nick seront obligés à y jouer... Heureusement, ils parviendront à abattre leurs geôliers et s'enfuir...

La troisième partie (fou à quel point ce film est bien construit) montre l'impact psychologique. Mike, de retour à son village, se sent seul, désespéré, ne parvient pas à se réintégrer à son ancienne bande... Il perd même son intêret pour la chasse, cédant son fusil et ses balles face à un pauvre cerf (scène fantastique et culte). Il retrouve Steve à l'hôpital, qui a perdu ses deux jambes et passe son temps à remplir des grilles de Bingo, tout en recevant des grosses liasses de billets de Saïgon, qui l'intriguent au plus haut point. Pour Mike, c'est évident, cela vient de Nick. Devenu complètement isolé, Mike ne trouve pour exorciser ses démons, que le moyen de retourner au Viêt-Nam pour revoir Nick, qui est donc resté là-bas. Mais il retrouvera un Nick complètement changé. Le cerveau lavé. Celui-ci ne se rappelle plus de rien et passe son temps à encaisser du fric lors de matchs de roulette russe. Mike sera forcé de jouer face à Nick... et le coup fatal sera pour...

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Franchement, que dire face à telle perfection cinématographique ? Comme tous les grands films sur la guerre du Viêt-Nam, Voyage Au Bout De L'Enfer prend plaisir à s'attarder sur le traumatisme que cette honte nationale a fait à des milliers de soldats. Apocalypse Now est construit comme ça, Platoon aussi, Full Metal Jacket également, de manière un peu plus maligne... Sauf que le film de Cimino est le premier du style. C'est un film qui a marqué, bouleversé le cinéma, et, s'il n'y avait pas eu le chef d'oeuvre de Coppola, il serait sans doute le plus grand film sur la guerre du Viêt-Nam. Interprétation terrifiante de réalisme (DeNiro est monstrueux, mais Walken est absolument tétanisant), qui fait plonger dans le traumatisme le plus pur, musique monumentale (ce thème principal déchirant... mais aussi le Can't Get My Eyes Off Of You mythique de Frankie Valli, qui revient souvent et rajoute au côté dérangeant et voyeur du film), et surtout, un spectateur mal à l'aise. Que dire de plus, en dehors du fait que cette scène de mariage au début, est assez chiante et longuette ? Non, franchement, c'est tout simplement le fait que l'on tient l'un des plus grands drames psychologiques de tous les temps, qui fait de The Deer Hunter un putain de chef d'oeuvre. Le statut de ce film n'est pas usurpé... Et tout comme Apocalypse Now, si vous ressortez indemne de ce film, vous n'êtes tout simplement pas humain. Car il n'y a rien de plus humain que ce film: les étapes morales, les troubles, les défaillances, causées par une merde inutile, en l'occurrence, ici, la guerre la plus stupide et abjecte du XXème siècle. Ce film, c'EST l'humain tel qu'il est, dans le plus profond de ses tripes. Un pur monument.

03 septembre 2011

Terreur à l'Eden

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Trois ans ont passés sur la planète Lars Von Trier. Trois ans depuis une comédie plus ou moins ratée, Le Direktor. Ironie du sort, passée cette comédie, le réalisateur danois entame une forte dépression, qui se terminera en Antichrist, 2009. A ce jour l'avant-dernier film de LVT, Antichrist est un film totalement space et inclassable, qui fera revenir Von Trier au sommet le plus absolu. Comme d'habitude, il s'entoure de putains d'acteurs. Ici, nous sommes en présence de Charlotte Gainsbourg, qui est tout bonnement GRANDIOSE dans ce film, ainsi que de Willem Dafoe. D'ailleurs, il n'y a absolument pas d'autres acteurs ! Mais deux protagonistes géniaux, ainsi que la main de Lars Von Trier derrière la caméra, suffisent largement à faire d'un banal film d'horreur, un choc absolu, totalement sulfureux, glauque et éprouvant. Et un des tous meilleurs films de LVT. Présenté à Cannes, le film sera envisagé pour la Palme d'Or mais ne recevra finalement que le prix de la meilleure actrice pour Charlotte Gainsbourg, qui le méritait amplement. Comme d'habitude, LVT crééra sa petite polémique en se déclarant, lors de la conférence de presse, 'meilleur réalisateur de tous les temps'. Dès lors, le cinéaste sera mal jugé et vu comme mégalo et prétentieux, alors qu'il ne s'agissait probablement que d'une simple touche d'humour face à une question qui n'avait ni queue ni tête... Mais on sait à quel point l'humour de Von Trier est décalé (Les Idiots, Le Direktor) et barge ! Peu importe, Antichrist est un film qui portera ses fruits à l'écran, et sera bien accueilli par tous les amateurs de films d'horreur (j'imagine la tronche des jeunes du coin à la fin de la projection, qui s'attendaient sûrement à un énième Saw !) et de Von Trier. Pire, même les cinéphiles avertis détestant Von Trier (ce qui n'est pas rare) s'extasieront sur ce film. Il faut dire qu'il y a des raisons...

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...La principale étant la mise en scène. Mais aussi le scénario. Mais aussi les acteurs. Bref, à peu près tout. Le film débute par un prologue géantissime en noir et blanc. Sur une musique d'Haendel. Ce prologue est monumental, beau à en chialer. Comme celui de Melancholia. Durant ces six minutes absolument inoubliables que le prologue dure, on voit un couple faire l'amour. C'est filmé comme je ne m'y connais pas. A côté, leur gosse, tout jeune, se rapproche un peu trop de la fenêtre, et bascule. Y a d'la joie. Ce prologue, et je mâche mes mots, est l'une des plus belles scènes de film que je connaisse, une de mes scènes préférées. Avant de sombrer dans le cliché, continuons. La première partie est relativement calme, même si l'oppression monte peu à peu. En couleurs cette fois, on voit donc cette mère en deuil, qui, d'ailleurs, n'arrive pas à faire son deuil, sombre dans une dépression morne et n'a plus le goût de vivre. Son mari, thérapeute, la soutient. Au début du film, on suit l'évolution de ce couple. L'homme qui a bien fait son deuil, mais la femme qui n'en finit plus de sombrer. Finalement, le couple anonyme décidera de se rendre à l'Eden, une grande forêt où la femme venait se retirer parfois avec son fils, et qui l'obstine de plus en plus. La traversée de la forêt est dure et douloureuse pour la femme, qui peine à avancer, hantée par le deuil et la dépression qui s'en suit. Finalement, le couple arrivera au chalet qui servait d'exutoire à la femme. Et là, le gros du film peut agréablement démarrer !

L'homme découvre lentement mais sûrement une forêt où la nature a repris ses droits. Pluie de glands sur le chalet, insectes ressemblant à des sangsues qui viennent lui sucer la main au petit matin... L'homme découvre aussi, dans le grenier du chalet, une thèse sataniste de la part de la femme, et une histoire de rite bizarre et sanglant... Enfin, la femme sombre peu à peu dans une folie sexuelle particulièrement macabre, qui va la pousser à faire souffrir mille morts à son mari... Au programme, castration du mari avec un bout de bois, éjaculation sanglante, partie inférieure de la jambe découpée puis clouée... Puis enfin, excision vaginale (scène particulièrement atroce, on a beau être un homme, on a mal pour elle !!). Voilà pour les hostilités ! Tout cela se terminera dans une scène où le mari se résout à étrangler sa femme et fuir l'Eden. A partir de là, épilogue, en noir et blanc, comme le prologue, durant lequel le mari, paumé dans l'Eden, sombre lentement au milieu d'une foule de femmes au visage caché. Représentation de sa femme déchue et rongée, une déchéance qui se terminera en drame sanglant et sombrement sulfureux. Le mal, dans Antichrist, débute par une scène d'amour torride, un amour qui hantera la mère longtemps, pour finir dans un sexe scabreux et glauque, et les hostilités que l'on sait !

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Antichrist n'est pas un film d'horreur qui fait sursauter. Sauf peut-être une ou deux scènes, mais dans l'ensemble, rien de grave. Malgré les tortures proposées, le film ne sombre pas dans le gore outrancier. S'il est interdit aux moins de 16 ans (et c'est un minimum !), c'est pour ses scènes de sexe sans concession. Dès le prologue, et même dès les tous premiers plans du film, on voit tout de même une pénétration, plus les scènes atroces citées plus haut, qui sont également peu avares en la matière... Bien sûr, tous les plans passent très vite, et le film ne sombre pas dans l'érotique pervers... Mais tout de même, on assiste à quelques plans gratinés ! Sans ces scènes, le film serait sûrement interdit aux moins de 12 ans. Mais ce n'est qu'un détail. Antichrist est un film fantastiquement trippant et puissant, qui emmène le spectateur dans un trou sans fond. A la fin du film, le spectateur est comme la femme anonyme, terrassée, dérangée, pertrubée, folle. De plus, malgré le fait qu'Antichrist ne soit pas un film que l'on regarde pour le plaisir (ou alors, vous êtes un sacré masochiste !), le temps passe très vite. Bref, le statut d'Antichrist n'est absolument pas usurpé: un sacré film bien space et d'épouvante crue, où le sexe n'a d'égal que la mort. Von Trier revient au sommet, et signe son meilleur film depuis Europa, voire même peut-être depuis Epidemic ! Un choc monumental et terrifiant, dédié, en plus, au grand Andrei Tarkovski, le Kubrick russe, un des plus grands réalisateurs de tous les temps, parti trop tôt.

Que dire de plus ? Putain de film.

17 août 2011

L'apocalypse selon Lars Von Trier

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Je ne chronique pas de nouveaux films sur ce blog d'habitude, mais là, je fais une entorse. Sorti la semaine dernière, Melancholia est un film que j'attendais avec la plus haute impatience depuis Mars. En fait, je n'avais jamais attendu une peloche avec une telle ferveur. L'attente a été insoutenable, pendant de longs mois. Mais, vous vous demandez peut-être pourquoi j'attendais ce film avec une telle impatience... C'est tout simplement car il s'agit de la nouvelle oeuvre de l'un des plus grands cinéastes de sa génération, Lars Von Trier. Alors que l'on pouvait commencer à douter de quelques baisses de niveau il y a encore 5 ans (le médiocre Le Direktor, seul film raté de LVT, qui prouvait que la comédie ne lui réussissait pas), le Danois avait remis les pendules à l'heure avec l'éprouvant mais superbe Antichrist... Autant dire que Melancholia était très attendu au tournant. Je ne reviendrai pas sur ce qui s'est passé à Cannes lors de la promotion de ce film: le fait que LVT ait été viré du festival est une atteinte honteuse à la liberté d'expression, et une chose bien plus douteuse et choquante que les propos du réalisateur. Mais le film sera quand même récompensé: prix de la meilleure actrice (euh, pardon, dans ce monde coincé de Cannes, on dit "prix d'interprétation féminine" !) pour Kirsten Dunst, qui le mérite amplement. Car c'est en effet l'actrice au nom imprononçable que l'on retrouve dans cette nouvelle livraison, aux côtés de Charlotte Gainsbourg et de Kiefer Sutherland (l'éternel Jack Bauer d'une série bien connue...).

Avec Melancholia, Von Trier tente un pari osé: celui de mêler drame sentimental et film catastrophe. Le film se divise en deux parties. Et une intro: un prologue totalement insensée, une scène belle à pleurer, qui, d'emblée, revèle tout le film. Mais cette scène est tellement monumentale... Basée sur le même principe que le prologue d'Antichrist, mais en encore plus beau et époustouflant. Ce prologue fout les larmes aux yeux. Sans doute la plus belle scène de tout Von Trier, et je préfère m'arrêter là. La première partie, c'est le mariage de Justine, une jeune femme dépressive. Justine se marie dans l'imposante demeure de sa soeur Claire, qui a toujours été là pour soutenir Justine dans les moments les plus difficiles, et du mari de Claire, John, un mec foutrement bien garni niveau pognon. Justine, le temps de cette soirée, essaye d'échapper à son côté dépressive, d'être joyeuse, mais n'y parvient pas. On suit le déroulement de la soirée, jusqu'au pétage de plombs de Justine, qui perd, en quelques phrases, son employeur (invité au mariage, et qui l'avait hissée pour l'occasion à un poste supérieur), ainsi que... le futur marié, qui a compris que, dans l'état permanent où Justine est, ça ne pourrait pas marcher. C'est à peu près à cela que se résume la première heure de film. Déconcertant, quand on sait que l'oeuvre est censée parler de la planète Melancholia percutant la Terre... Mais bon, c'est du Von Trier, alors... attendons.

La deuxième partie, c'est la grosse viandasse du film. Cette fois, le personnage central est Claire, la soeur de Justine. Après son mariage foiré, Justine reste quelques temps dans la maison (non: le manoir) de Claire et John (qui ont un fils, Léo). Parallèlement, on apprend que la planète Melancholia passera à proximité de la Terre dans cinq jours. Du moins, c'est ce que les scientifiques s'accordent à dire, selon John. Mais certains persistent à croire que Melancholia, bien 10 fois plus grosse que la Terre... va percuter notre planète d'un coup sec. La deuxième partie du film, c'est donc ça, l'insoutenable attente... et le suspense. Car, si John est formel, Claire n'est pas persuadée du fait que Melancholia va seulement passer près de la Terre... Le jour J, on voit qu'en effet, Melancholia ne fait que passer, et s'éloigne peu à peu. Mais cette situation ne va pas durer...

La fin du film, on la connaît, puisqu'on la voit dans le prologue. Mais, qu'importe: pendant toute cette deuxième partie, le spectateur est pris d'une sorte de malaise permanent. La force absolue de ce film est que l'on a peur avec Claire, on est dans sa peau et on n'en sort que difficilement à la fin. Cette deuxième partie est aussi révélatrice de la psychologie des deux soeurs: lors de la scène du mariage, Claire est le côté apaisant par rapport à une Justine instable. Dans la deuxième partie, cela devient lentement mais sûrement l'inverse: Claire, qui croit dur comme fer au gros boom de Melancholia et de la Terre, ne veut pas mourir: elle a un enfant, un mari... Mais pour Justine, à quoi bon vouloir survivre ? Elle a trouvé un idéal dans la planète Melancholia: sa vie ne lui plaît pas, elle a tout perdu lors de son mariage... De ce fait, Claire devient peu à peu rongée par l'angoisse et cette forme de dépression qui s'installe, tandis que Justine se guérit dans la mort et la douleur de sa soeur... Une superbe morale psychologique. Autre grande force: Von Trier parvient à faire un film catastrophe dont l'action est presque inimaginable de sobriété: clairement, on n'est pas face à un blockbuster à la 2012, avec population qui court partout, flashs-info en pagaille, et traditionnel héros qui embrasse à la fin la femme qu'il détestait au début... Ici, on est dans du Von Trier pur et dur: quelque chose de recherché, sobre et déconcertant. Mention spéciale au dernier plan du film, tout simplement insoutenable psychologiquement. Peut-être l'une des scènes les plus dures de toute la carrière de LVT... Cette scène rend même insoutenable le générique de fin, introduit avec un silence particulièrement gênant et malsain (après la trempe dans la gueule qu'on vient de se prendre...).

Au final, Melancholia s'impose comme un film plus psychologique que catastrophe. Porté par des actuers époustouflants, et surtout par un Von Trier plus en forme que jamais. La première partie peut sembler parfois un peu longuette, mais ces touches d'humour sauvant en partie le spectateur du trou sans fond que creuse Justine, servent à faire passer la pilule. Melancholia est un film dur, peut-être tout aussi dur qu'Antichrist dans le fond (pas dans la forme, et heureusement !), qui secoue et retourne les tripes pour en faire un tas de bouillie. C'est aussi et surtout un film remarquable, et un nouveau chef d'oeuvre pour Lars Von Trier, qui tient avec sa nouvelle livraison un de ses sommets les plus absolus. Grandiose et mélancolique...

13 août 2011

"Poor people, oh poor people"

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Un de mes films de chevet. Revu hier, et toujours partie intégrante de mon "top ten de l'absolu". Le Meilleur Des Mondes Possible ("O Lucky Man" pour le titre original) est sans le moindre doute le chef d'oeuvre absolu de Lindsay Anderson, metteur en scène britannique qui a également oeuvré dans le domaine du cinéma. En la matière, Anderson est surtout connu pour sa trilogie 'Michael Travis', trois films qui ne se suivent pas mais sont centrés sur le même personnage, dans des situations différentes, toujours interprété par Malcolm McDowell (qui est purement grandiose). Le premier volet de cette trilogie, If, qui remporta la Palme d'Or en 1968, montrait Michael Travis en lycéen qui allait se rebeller contre l'autorité. Un film déjà mémorable, mais on n'avait encore rien vu: Le Meilleur Des Mondes Possible, dexuième volet de la série, sorti en 1973 (le dernier, le très barré Britannia Hospital, sortira en 1982), s'impose comme le pinacle total. Comédie totalement givrée, noire et déroutante, avec un Malcolm McDowell à son sommet (au risque de choquer, il surpasse sa performance d'Orange Mécanique !), et une musique signée Alan Price, des Animals (The House Of The Rising Sun, Don't Let Me Be Misunderstood...), dont les chansons interviennent tout le long du film, les paroles ayant évidemment un rapport avec Michael Travis.

La particularité de cette comédie est de durer pas loin de trois heures. Mais pas le temps de s'ennuyer: ça passe comme une lettre à la poste. Critique toujours hilarante mais parfois inquiétante du capitalisme et de la société de l'époque, le film raconte l'épopée de notre héros, Travis. Après une intro déjantée en noir et blanc et se passant à l'époque de l'esclavagisme, le film entre directement dans le vif du sujet. Travis est ouvrier dans une usine de café. Quand il est, avec ses collègues, briefé sur le côté commercial de la société, Imperial Coffee, il séduit malgré lui une supérieure, Gloria. Ainsi, quand les patrons de l'usine apprennent la démission de leur vendeur à domicile, Oswald, qui traverse toute la Grande Bretagne pour promouvoir la marque, Gloria suggère le jeune Michael Travis pour le remplacer. Et voilà donc Travis qui part dans sa cariole à la conquête d'un poste mieux payé et bien placé. On le suit dans ses ventes, plus ou moins fructueuses (et Alan Price de commenter le film avec ses chansons). Un jour, alors qu'il cherche son chemin, il s'incruste par erreur dans une base nucléaire secrète, et se fait arrêter. On le prend pour un espion communiste et on le soumet à la torture. Mais Travis a souvent le cul bordé de nouilles, et une alerte d'évacuation générale lui permet de se sauver. L'usine explose, Travis court au loin. Il s'en sort indemne mais sa voiture explose avec l'usine. Après s'être arrêté dans un coin religieux où il se requinque, il se rend donc à l'auto-stop pour qu'on le mène à Londres. Il tombe sur une voiture qui s'arrête sur la route de Londres, dans un centre de recherches. On lui propose de participer aux recherches, d'être cobaye, et Travis accepte, tant qu'on lui verse assez d'argent en échange ! Mais après avoir vu ce que l'on avait fait à un pauvre homme (enfin... homme... plutôt animal de foire, maintenant), Michael saute par la fenêtre et s'chappe le plus vite possible.

Continuant son périple en auto-stoppeur, il tombe sur le van d'un groupe de musiciens (celui, évidemment, d'Alan Price !), avec parmi eux une fille, Patricia, dont il tombe rapidement amoureux. Or Patricia est la fille de l'une des plus grosses fortunes de Grande Bretagne, Sir James, un grand investisseur. Travis n'yant plus vraiment d'emploi suite à tout ce qui est arrivé, il tente sa chance avec Sir James et, par un concours de circonstances, devient son assistant. Il assiste James pour les négociations et un marchandage nucléaire pas vraiment dans les règles de l'ordre... En réalité, James est un véritable truand qui s'enrichit de manières peu convenables. Quand l'inspecteur des finances fait une petite visite surprise, James accuse Travis, qui n'a rien pour sa défense. Michael passe devant la justice, est déclaré coupable et doit purger une peine de prison avec travaux forcés de cinq ans. Les cinq années passent, Travis est libéré sans avoir jamais fait de scandale... A sa sortie, il est un peu désorienté, n'a pas d'habitation, ne sait pas vraiment quoi faire dans ce monde. Il tente de sauver une femme du suicide, puis distrivue bénévolement la soupe à des clochards, parmi lesquels... Patricia ! Enfin, d"ambulant dans la nuit, il tombe sur un vendeur de prospectus pour le casting d'un film. Il s'y présente et emballe directement le réalisateur... Lindsay Anderson. Travis sera finalement le personnage principal du futur film O Lucky Man...

Au final, Travis se révèle être un véritable opportuniste, qui ne cherche qu'à bien gagner sa vie, et qui, bien qu'ayant souvent le cul bordé de nouilles, découvre à travers son expérience que la vie n'est pas forcément une partie de plaisir, et qu'il n'est que vulnérable dans un monde peuplé par des salauds, tels Sir James. C'est pour sa morale que Le Meilleur Des Mondes Possible sera, dès sa sortie, considéré comme une réécriture libre du Candide de Voltaire. Interprétation parfaite (je le redis encore une fois, McDowell tient le rôle de sa vie), scénario incroyable, mise en scène déroutante (ces longs noirs qui interviennent parfois entre deux scènes sont étonnants), musique sublime et légère (Alan Price fait vraiment du bon boulot: Poor People, Sell Sell ou Back In My Hometown sont de purs bijoux pop), humour un poil cynique, sans oublier une réalisation de qualité... Avec O Lucky Man, Lindsay Anderson signe un coup de maître, un des meilleurs films anglais de tous les temps, d'une puissance incomparable. La seule honte absolue, c'est que, comme If et Britannia Hospital, il n'existe toujours pas de DVD de ce film en France... La solution est d'acheter en ligne le DVD anglais... Pas de sous-titres, mais, de toute façon, même si on ne comprend pas la langue (perso, je me débrouille bien en anglais, donc ça va), on peut suivre le film, qui se comprend facilement... Une pure merveille absolue que ce O Lucky Man. Malgré une scène un peu ennuyeuse (la négociation entre James et les industriels Africains), ce film est un indispensable absolu, qu'il faut voir une fois dans sa vie pour mourir moins bête. Indispensable, mais vous l'aviez déjà compris !

04 août 2011

Familles en délire

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Aujourd'hui, j'ai décidé de vous proposer une série, ce que je n'avais pas fait depuis longtemps. En fait, à part Les Simpson et Futurama, je ne vous avais pas proposé de séries jusque-là. Mais aujourd'hui, je m'y mets, et je ne vous propose pas n'importe quoi. Bon... malgré le fait que ce soit une série... aaaargh... je n'arrive pas à le dire... une série française. Ouf, c'est sorti. Pourtant, Fais Pas Ci Fais Pas Ca est indéniablement une série de qualité. Dommage qu'elle ait très injustement été reléguée au panthéon des séries "françaises avec tout ce que ça implique". Quand on voit le nom, la bande-annonce, les affiches, on se dit "encore une de ces daubes inutiles dont France 2 semble raffoler". Mais, même si ça vous étonne, Fais Pas Ci Fais Pas Ca ne mérite clairement pas ce statut. Créée en 2007, la série a vite trouvé sa place sur France 2 (elle est d'ailleurs rediffusée en ce moment de 16h à 18h tous les jours, tentez votre chance !). Ayant considérablement gagnée en maturité au fil du temps, elle compte désormais trois saisons et de nombreux fans. J'en fais partie. Le but de cette série géniale est de suivre deux familles habitant dans la même rue: les Lepic et les Bouley.

Les Bouley sont une famille recomposée. La mère, Valérie, a deux enfants: Tiphaine, 16 ans, une adolescente difficile et en pleine crise, puis Elliott, 8 ans. Le père d'Elliott et beau-père de Tiphaine se nomme Denis Bouley. Denis porte bien son nom de famille; il est horriblement maladroit, que ce soit avec sa femme ou avec les enfants. Il est au chômage et rechigne à trouver du travail. Valérie, elle, est régulièrement au bord de la crise de nerfs à force de se faire des films dans sa tête, à propos de ses enfants ou de son mari.

Les Lepic, eux, sont une famille nombreuse. Renaud, le père de famille, gagne bien sa vie: il est troisième de la société dans laquelle il travaille (et passe deuxième ensuite). Il a quatre enfants: Christophe, qui passe son Bac; Soline, adolescente et amie de Tiphaine; Charlotte, 11-12 ans; et un petit dernier. Toutefois, le personnage le plus intéressant de cette famille (et même de la série entière) reste Fabienne, la mère, femme au foyer, un personnage un peu blasé sur les bords, qui conduit comme une branque et passe pour la boniche de service.

Au début de la série, les deux familles ne se connaissent pas, à l'exception de Soline et Tiphaine, les deux adolescentes. Ce n'est que dans la saison 2 qu'ils commencent à se cotoyer, notemment suite à une affaire rocambolesque de vieille voisine (jouée par Anémone) se faisant arnaquer par le nouveau propriétaire de sa maison (une affaire qui se termine carrément en une tentative de meurtre, je n'en dis pas plus !)... La saison 1 reste la saison la moins élaborée: ces 12 épisodes restant quand même très bons demeurent malgré tout en dessous du reste. La faute à des panneaux de la série intervenant à la fin des meilleurs gags de chaque épisode, rendant à Fais Pas Ci Fais Pas Ca l'allure d'une série à gags style Samantha Oups ou Caméra Café. De plus, dans cette première saison, les histoires sont entrecoupées de fausses interviews de chaque membre de la famille. Une tentative de faux-documentaire pouvant paraître intéressante, mais se révélant parfois inutile. Reste une saison 1 qui a le mérite de poser les bases: Fais Pas Ci Fais Pas Ca est une série hilarante, porté par des acteurs géniaux (même les plus jeunes).

Toutefois, à partir de la saison 2, la série devient beaucoup plus mature tout en restant très drôle. Les personnages s'intensifient, les intrigues et quiproquos sont prenants, et surtout, finis ces panneaux nuls entre chaque gags et cette tentative ratée d'interviews. Les épisodes, certes moins nombreux (seulement six dans la saison 2) mais plus longs et plus réfléchis, prennent l'allure de film et sont terriblement réussis et irrésistibles. En résumé, Fais Pas Ci Fais Pas Ca s'impose comme la meilleure série française du moment, avec vraiment d'excellents acteurs et histoires. Vous en avez marre de perdre votre temps face à Julie Lescaut ou des séries "comiques" affreusement nullardes à la Kaamelott ? Dans ce cas, vous savez ce qui vous reste à faire...

Posté par koamae à 20:38 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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