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Je ne chronique pas de nouveaux films sur ce blog d'habitude, mais là, je fais une entorse. Sorti la semaine dernière, Melancholia est un film que j'attendais avec la plus haute impatience depuis Mars. En fait, je n'avais jamais attendu une peloche avec une telle ferveur. L'attente a été insoutenable, pendant de longs mois. Mais, vous vous demandez peut-être pourquoi j'attendais ce film avec une telle impatience... C'est tout simplement car il s'agit de la nouvelle oeuvre de l'un des plus grands cinéastes de sa génération, Lars Von Trier. Alors que l'on pouvait commencer à douter de quelques baisses de niveau il y a encore 5 ans (le médiocre Le Direktor, seul film raté de LVT, qui prouvait que la comédie ne lui réussissait pas), le Danois avait remis les pendules à l'heure avec l'éprouvant mais superbe Antichrist... Autant dire que Melancholia était très attendu au tournant. Je ne reviendrai pas sur ce qui s'est passé à Cannes lors de la promotion de ce film: le fait que LVT ait été viré du festival est une atteinte honteuse à la liberté d'expression, et une chose bien plus douteuse et choquante que les propos du réalisateur. Mais le film sera quand même récompensé: prix de la meilleure actrice (euh, pardon, dans ce monde coincé de Cannes, on dit "prix d'interprétation féminine" !) pour Kirsten Dunst, qui le mérite amplement. Car c'est en effet l'actrice au nom imprononçable que l'on retrouve dans cette nouvelle livraison, aux côtés de Charlotte Gainsbourg et de Kiefer Sutherland (l'éternel Jack Bauer d'une série bien connue...).

Avec Melancholia, Von Trier tente un pari osé: celui de mêler drame sentimental et film catastrophe. Le film se divise en deux parties. Et une intro: un prologue totalement insensée, une scène belle à pleurer, qui, d'emblée, revèle tout le film. Mais cette scène est tellement monumentale... Basée sur le même principe que le prologue d'Antichrist, mais en encore plus beau et époustouflant. Ce prologue fout les larmes aux yeux. Sans doute la plus belle scène de tout Von Trier, et je préfère m'arrêter là. La première partie, c'est le mariage de Justine, une jeune femme dépressive. Justine se marie dans l'imposante demeure de sa soeur Claire, qui a toujours été là pour soutenir Justine dans les moments les plus difficiles, et du mari de Claire, John, un mec foutrement bien garni niveau pognon. Justine, le temps de cette soirée, essaye d'échapper à son côté dépressive, d'être joyeuse, mais n'y parvient pas. On suit le déroulement de la soirée, jusqu'au pétage de plombs de Justine, qui perd, en quelques phrases, son employeur (invité au mariage, et qui l'avait hissée pour l'occasion à un poste supérieur), ainsi que... le futur marié, qui a compris que, dans l'état permanent où Justine est, ça ne pourrait pas marcher. C'est à peu près à cela que se résume la première heure de film. Déconcertant, quand on sait que l'oeuvre est censée parler de la planète Melancholia percutant la Terre... Mais bon, c'est du Von Trier, alors... attendons.

La deuxième partie, c'est la grosse viandasse du film. Cette fois, le personnage central est Claire, la soeur de Justine. Après son mariage foiré, Justine reste quelques temps dans la maison (non: le manoir) de Claire et John (qui ont un fils, Léo). Parallèlement, on apprend que la planète Melancholia passera à proximité de la Terre dans cinq jours. Du moins, c'est ce que les scientifiques s'accordent à dire, selon John. Mais certains persistent à croire que Melancholia, bien 10 fois plus grosse que la Terre... va percuter notre planète d'un coup sec. La deuxième partie du film, c'est donc ça, l'insoutenable attente... et le suspense. Car, si John est formel, Claire n'est pas persuadée du fait que Melancholia va seulement passer près de la Terre... Le jour J, on voit qu'en effet, Melancholia ne fait que passer, et s'éloigne peu à peu. Mais cette situation ne va pas durer...

La fin du film, on la connaît, puisqu'on la voit dans le prologue. Mais, qu'importe: pendant toute cette deuxième partie, le spectateur est pris d'une sorte de malaise permanent. La force absolue de ce film est que l'on a peur avec Claire, on est dans sa peau et on n'en sort que difficilement à la fin. Cette deuxième partie est aussi révélatrice de la psychologie des deux soeurs: lors de la scène du mariage, Claire est le côté apaisant par rapport à une Justine instable. Dans la deuxième partie, cela devient lentement mais sûrement l'inverse: Claire, qui croit dur comme fer au gros boom de Melancholia et de la Terre, ne veut pas mourir: elle a un enfant, un mari... Mais pour Justine, à quoi bon vouloir survivre ? Elle a trouvé un idéal dans la planète Melancholia: sa vie ne lui plaît pas, elle a tout perdu lors de son mariage... De ce fait, Claire devient peu à peu rongée par l'angoisse et cette forme de dépression qui s'installe, tandis que Justine se guérit dans la mort et la douleur de sa soeur... Une superbe morale psychologique. Autre grande force: Von Trier parvient à faire un film catastrophe dont l'action est presque inimaginable de sobriété: clairement, on n'est pas face à un blockbuster à la 2012, avec population qui court partout, flashs-info en pagaille, et traditionnel héros qui embrasse à la fin la femme qu'il détestait au début... Ici, on est dans du Von Trier pur et dur: quelque chose de recherché, sobre et déconcertant. Mention spéciale au dernier plan du film, tout simplement insoutenable psychologiquement. Peut-être l'une des scènes les plus dures de toute la carrière de LVT... Cette scène rend même insoutenable le générique de fin, introduit avec un silence particulièrement gênant et malsain (après la trempe dans la gueule qu'on vient de se prendre...).

Au final, Melancholia s'impose comme un film plus psychologique que catastrophe. Porté par des actuers époustouflants, et surtout par un Von Trier plus en forme que jamais. La première partie peut sembler parfois un peu longuette, mais ces touches d'humour sauvant en partie le spectateur du trou sans fond que creuse Justine, servent à faire passer la pilule. Melancholia est un film dur, peut-être tout aussi dur qu'Antichrist dans le fond (pas dans la forme, et heureusement !), qui secoue et retourne les tripes pour en faire un tas de bouillie. C'est aussi et surtout un film remarquable, et un nouveau chef d'oeuvre pour Lars Von Trier, qui tient avec sa nouvelle livraison un de ses sommets les plus absolus. Grandiose et mélancolique...