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Pan dans la tronche. C'est peut-être l'effet que ça fait aux personnages du film, mais c'est aussi l'effet produit sur le spectateur quand il regarde pour la première fois Voyage Au Bout De L'Enfer. On ne présente plus ce film, clairement. Seconde oeuvre du maudit Michael Cimino (mais alors, un réal vraiment maudit, qui fera couler United Artists en réalisant le plus gros bide de l'histoire du cinéma, La Porte Du Paradis, qui, coûtant 40 millions de dollars, n'en avait rapporté que 3 millions... enfin bref), il s'agit également de son chef d'oeuvre absolu, et du premier gros film sur la plus grosse honte des USA, la guerre du Viêt-Nam. Contrairement à ce que la plupart des gens pensent, ce n'est pas Apocalypse Now qui a lancé la mode des films sur cette triste guerre, c'est bel et bien Voyage Au Bout De L'Enfer (et son titre original The Deer Hunter, soit "le chasseur de cerfs", ce qui convient mieux au film et n'a une fois de plus rien à voir avec la traduction française), sorti un an avant le film de Coppola, en 1978. Mais bon, les deux films sont chacun de gros chocs dans la gueule, et même si Apocalypse Now est sans doute plus grandiose, car on n'y trouve aucun temps mort, le film de Cimino n'a clairement pas à rougir de son camarade. Ici, on retrouve l'immense Robert DeNiro dans l'un de ses plus grands rôles, mais ce serait un crime de ne pas citer le superbe Christopher Walken, qui livre également une sacrée prestation. Un duo imparable, qui va savoir durer sur 3 heures de bobine, et ça, ce n'est pas donné à tout le monde !

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Pour Voyage Au Bout De L'Enfer, on parle souvent de film de guerre à cause de cette demi-heure qui a marqué tous les esprits, mais dans le fond, il s'agit plutôt d'un drame psychologique pur et dur. Malheureusement, si le film de Cimino a un défaut, c'est bien la demi-heure du mariage, au début de l'oeuvre... Bon, le tout début est assez sympa, on voit nos héros, c'est-à-dire Steven, Michael et Nick, à leurs ateliers de travail (sidérurgie), qui savent qu'ils vont prendre bientôt un aller sans retour immédiat pour l'Asie de l'Est, et combattre pour leur drapeau. Mais très vite, le film s'embourbe dans une scène de fête de mariage interminable, qui va bien s'étaler sur une demi-heure. Et, on aura beau dire, au bout d'un moment, on s'emmerde. D'autant plus que l'on attend la grosse viande du film... On veut des explosions sous les palmiers, on veut de la tension, et des tripes à l'air. On veut la GUERRE, non mais ! Mais le film va au-delà, et le prouve. Alors que l'on s'endormait férocement, tout commence à devenir plus intéressant lorsque, au petit matin, Steven, Michael et Nick, accompagnés de John, vont faire une partie de chasse. Car leur grand hobby, quand ils ne sont pas dans leur job d'ouvriers, c'est la chasse au cerf. Une scène parfois assez amusante, qui permet à nos héros d'oublier leur départ proche. Pourtant, le première partie du film (c'est-à-dire, le quotidien des futurs guerriers...) s'achèvera sur une scène absolument magnifique et sans concession, dans un bar où règne le désespoir de partir... Cimino, clairement, joue avec les humeurs...

Et là, d'emblée, commence le gros absolu. La demi-heure de tripaille inoubliable et de tension rarement égalée dans l'histoire du film de guerre. Sans aucune pitié nous est exposée l'horreur absolue du Viêt-Nam, et ces scènes d'enfer dans lesquelles les geôliers particulièrement barbares, forcent leurs prisonniers à jouer à ce si beau jeu de la roulette russe, et son principe bien connu. Mike et Nick seront obligés à y jouer... Heureusement, ils parviendront à abattre leurs geôliers et s'enfuir...

La troisième partie (fou à quel point ce film est bien construit) montre l'impact psychologique. Mike, de retour à son village, se sent seul, désespéré, ne parvient pas à se réintégrer à son ancienne bande... Il perd même son intêret pour la chasse, cédant son fusil et ses balles face à un pauvre cerf (scène fantastique et culte). Il retrouve Steve à l'hôpital, qui a perdu ses deux jambes et passe son temps à remplir des grilles de Bingo, tout en recevant des grosses liasses de billets de Saïgon, qui l'intriguent au plus haut point. Pour Mike, c'est évident, cela vient de Nick. Devenu complètement isolé, Mike ne trouve pour exorciser ses démons, que le moyen de retourner au Viêt-Nam pour revoir Nick, qui est donc resté là-bas. Mais il retrouvera un Nick complètement changé. Le cerveau lavé. Celui-ci ne se rappelle plus de rien et passe son temps à encaisser du fric lors de matchs de roulette russe. Mike sera forcé de jouer face à Nick... et le coup fatal sera pour...

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Franchement, que dire face à telle perfection cinématographique ? Comme tous les grands films sur la guerre du Viêt-Nam, Voyage Au Bout De L'Enfer prend plaisir à s'attarder sur le traumatisme que cette honte nationale a fait à des milliers de soldats. Apocalypse Now est construit comme ça, Platoon aussi, Full Metal Jacket également, de manière un peu plus maligne... Sauf que le film de Cimino est le premier du style. C'est un film qui a marqué, bouleversé le cinéma, et, s'il n'y avait pas eu le chef d'oeuvre de Coppola, il serait sans doute le plus grand film sur la guerre du Viêt-Nam. Interprétation terrifiante de réalisme (DeNiro est monstrueux, mais Walken est absolument tétanisant), qui fait plonger dans le traumatisme le plus pur, musique monumentale (ce thème principal déchirant... mais aussi le Can't Get My Eyes Off Of You mythique de Frankie Valli, qui revient souvent et rajoute au côté dérangeant et voyeur du film), et surtout, un spectateur mal à l'aise. Que dire de plus, en dehors du fait que cette scène de mariage au début, est assez chiante et longuette ? Non, franchement, c'est tout simplement le fait que l'on tient l'un des plus grands drames psychologiques de tous les temps, qui fait de The Deer Hunter un putain de chef d'oeuvre. Le statut de ce film n'est pas usurpé... Et tout comme Apocalypse Now, si vous ressortez indemne de ce film, vous n'êtes tout simplement pas humain. Car il n'y a rien de plus humain que ce film: les étapes morales, les troubles, les défaillances, causées par une merde inutile, en l'occurrence, ici, la guerre la plus stupide et abjecte du XXème siècle. Ce film, c'EST l'humain tel qu'il est, dans le plus profond de ses tripes. Un pur monument.