Impitoyable-20110428080128

Ce film est terrifiant. Quatrième western de Clint Eastwood en tant que réalisateur, Impitoyable est sorti en 1992. Réunissant Eastwood lui-même, mais aussi Morgan Freeman, Gene Hackman et Richard Harris (regardez l'affiche, enfin !), Impitoyable est souvent considéré comme le dernier grand western de l'histoire du cinéma à ce jour. Et c'est fort possible. Pourtant, certains diront que Impitoyable n'est pas un vrai western. Et comment s'en insurger: en un peu plus de deux heures de film, Clint Eastwood casse tous les poncifs du genre. Comme pour donner une allure testamentaire au genre du western. Pourtant, le film n'a sûrement pas été imaginé comme ça: le projet traînait dans la tête du grand Clint depuis les années 70. A cette époque, Clint est toujours un grand friand de westerns et se met en scène lui-même, à travers des films tels que L'Homme Des Hautes Plaines ou Josey Wales, Hors-La-Loi. Le script de Impitoyable a donc été écrit dans la foulée. Mais Gene Hackman, peu convaincu par le scénario, avait refusé d'y jouer. Eastwood mettra 20 piges à le faire changer d'avis. Impitoyable sort à une époque où le western est révolu. Et c'est bien ça qui fait toute son allure de "dernier des derniers"...

1880. William Munny est un ancien tueur à gages, qui vit désormais tranquillement à la campagne avec ses enfants. Sa femme est morte deux ans auparavant, et Munny lui doit tout: l'arrêt de l'alcool et de son "métier". Un jour, le Kid de Schofield, un jeune premier qui voudrait devenir tueur, vient à sa rencontre en lui proposant de s'associer pour remporter une récompense: en effet, dans la petite ville de Big Whiskey, Delilah, une prostituée, a été tailladée au visage par un client de bar ivre, et les putains de la ville proposent 1000 dollars à quiconque vengera leur amie. Munny, d'abord, refuse. Mais il a besoin d'argent, et finit par accepter le deal, tout en convainquant son vieux pote Ned Logan de se joindre à lui et au Kid. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'à Big Whiskey, la terreur règne: le shérif de la ville, Daggett, a interdit les armes dans sa ville et fait régner l'ordre, et l'oppression, en se conduisant comme le pire des salopards. Sa démonstration de force face au tueur English Bob le prouvera.

SPOILERS !

Munny est un homme vieux et fatigué. Quand il arrive à Big Whiskey avec ses partenaires, il est malade, et Daggett n'aura aucun problème à le désarmer et à le foutre dehors à coups de pied dans la gueule, pendant que le Kid et Ned prennent du bon temps... Récupérant de la force, caché aux portes de la ville pendant 3 jours, il est aidé par les prostituées. Quand son état de santé se rétablit, Munny part à la recherche du complice du cow-boy ayant tailladé Delilah. Il n'aura aucun mal à le trouver et le fait agoniser du haut d'une falaise. Mais avec cet assassinat, Logan se trouve confronté à lui-même: il n'a plus la force de tuer, et décide de rentrer chez llui, en rompant le contrat avec les deux autres. Munny et le Kid trouvent enfin celui qui a tailladé Delilah, et c'est le Kid qui l'abat sur les chiottes. Une expérience qui sera traumatisante pour lui: le Kid avait évidemment menti quand il disait qu'il était un tueur redoutable. Le tailladeur est sa première victime, et sera aussi sa dernière: il ne veut plus tuer. Les 1000 dollars sont attribués à Munny et au Kid par les prostituées. Mais Munny apprendra aussi la mort par torture de son ami Ned... En effet, celui-ci, rentrant chez lui, a été capturé par les hommes de Daggett et soumis à la torture. Son corps est exposé à Big Whiskey. Triste de cette nouvelle, Munny envoie le Kid ramener la part de l'argent qui revenait à Ned à la veuve de celui-ci. Seul dans le désert, Munny n'a plus qu'un but: venger son pote...

Fin des spoilers.

Ici, donc, pas de jeune et fort gentil, pas de gentil shérif, pas de méchant qui arrive subitement et de duel à l'air libre entre deux saloons. Ici, le gentil de l'histoire est un tueur has-been qui a pris sa retraite. Le séhrif est le pire des enfoirés, les duels sont des coups de pied dans la gueule et une fusillade sur le siège des chiottes... Finalement, Impitoyable n'est pas un western comme les autres. C'est un drame sur quelqu'un de déchu qui revient, hésitant, parce qu'il a besoin de fric. Et tout ne sera pas rose pour lui, loin de là. Impitoyable est indéniablement la fin du mythe Eastwood, et ça, Clint en a bien conscience quand il tourne son film. C'est la fin de celui qui passait son temps à déjouer les plans maléfiques des méchants de Leone. C'est la fin de Josey Wales, de Pale Rider ou de l'Homme des hautes plaines. Pour la première fois, Eastwood est un anti-héros. Toutefois, la fin le voit triompher d'une manière absolument terrifiante. Il y a deux passages glaçants dans ce film, qui sont opposés et viennent se compléter. Le premier, c'est celui où Munny, déchu, se fait virer à coups de pied par Daggett. William Munny est affaibli et part en rampant, il n'a plus de forces, il n'a plus rien, et est condamné à errer en bonne loque humaine sous la flotte tombant à gros bouillons. Il n'est plus le tueur qu'il était, il est un vieux minable alcoolique, celui que sa femme avait réussi à mettre K.O. Une scène qui glace le sang du spectateur, clairement. Et la seconde, c'est évidemment la fin. Dans une même nuit profonde, Munny revient, en pleine forme cette fois. Son instinct de vengance parle, et la fin, quelque part, est le seul moment du film où le grand Clint brille. Dézinguant tout le monde, il n'est plus l'ombre de lui-même, et fait régner l'ordre. Il a récupéré toute sa force et s'en va dans cette fin terrible. Le silence qui règne sur Big Whiskey est terrifiant, Clint devient un vengeur assoiffé qui repart dans le silence le plus total et le plus éprouvant pour le spectateur. C'est quelque chose de tuer un homme, on le prive de tout ce qu'il a et de tout ce qu'il aurait pu avoir, dit Munny au Kid à un moment du film. Ici, c'est exactement ce que le spectateur ressent. Méchants ou pas, il ne reste plus rien à Big Whiskey, si ce n'est les putes et 2/3 pélerins, qui n'osent rien faire. Tout est rasé, laissant Clint se tirer royalement sur son cheval en lançant cette phrase culte, je reviendrai et je vous tuerai tous. 10 minutes magistrales qui sont probablement les plus refroidissantes de toute l'histoire du western. On ne dira jamais assez à quel point ce film est grandiose.

Impitoyable, ou du très grand Clint Eastwood.