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Putain de Viêt-Nam, 2ème partie. En effet, après avoir abordé l'immense Voyage Au Bout De L'Enfer de Michael Cimino, pourquoi ne pas s'attaquer à son concurrent, monstre absolu du cinéma sorti un an plus tard, en 1979, et qui remportera la Palme d'Or (à égalité avec Le Tambour de Volker Schlöndorff) la même année ? Vous m'avez compris, je parle du chef d'oeuvre absolu de Francis Ford Coppola, film fleuve réunissant un casting grandiose et ayant été une véritable date dans l'histoire du cinéma, Apocalypse Now. D'abord sorti dans une version de 2h30, le film a connu son émancipation il y a à peu près dix ans, rendant sa durée définitive à 3h15, pour encore plus de sensations fortes. C'est bien de cette deuxième version (et la meilleure !) que je vais parler ici. Mais cela va être difficile, tout simplement parce qu'on ne présente plus Apocalypse Now. Non content de son casting fabuleux fait de Martin Sheen, Marlon Brando, Lawrence Fishburne, Dennis Hopper, Harrison Ford et Robert Duvall, entre autres, le film a aussi la malheureuse réputation d'avoir été le plus fastidieux et le plus horrible à tourner de toute l'histoire du cinéma mondial. Et pour cause, parlez d'un tournage maudit: crise cardiaque de l'acteur principal, Martin Sheen; Dennis Hopper ayant un minibus à lui seul tellement son odeur était insupportable (il avait arrêté de se laver pour paraître plus crédible !); guerre civile sur les lieux de tournage; violentes tempêtes... J'en passe et des meilleures, ou au moins des tout aussi fortes. De quoi péter les plombs pour ce pauvre Francis Ford Coppola. Néanmoins, le film arrivera bel et bien à terme, donnant au final un choc absolu, et l'un des plus grands films faits sur la guerre.

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Et d'ailleurs, peut-on encore parler de simple film de guerre ? A ce stade là, ce serait plutôt un gigantesque bad trip sous LSD. Car le côté trip est très présent dans Apocalypse Now. A l'image de l'intro du film, une intro cultissime sur le The End des Doors. Les paysages du Viêt-Nam, et, dans une petite cabine de Saïgon, le capitaine Willard, joué par Martin Sheen, se reposant. Superbe entrée en matière avec le personnage principal, qui va accompagner sa propre folie durant les trois heures du film. A noter que, lors de cette scène, lorsque Sheen casse le miroir (culte...), ce n'était pas du tout prévu: Sheen, emporté dans son entraîn, ira jusqu'au bout de son personnage... Déjà, on est happé par une ambiance hors du commun qui prouve bel et bien que nous venons d'entrer dans un chef d'oeuvre absolu. De quoi parle le film plus précisément ? En fait, il est inracontable... Le capitaine des armées Willard est chargé de partir en mission périlleuse aux confins du Viêt-Nam. Sa mission ? Eliminer le colonel Kurtz, un brillant homme d'armée, très intelligent, qui a su se hisser au sommet, et même se hisser trop haut: devenu complètement fou, il s'est fait le demi-dieu d'une tribu sur une île. La seule solution pour le stopper dans sa folie est de l'abattre.

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Willard part donc en embarcation avec ses confrères soldats. Les deux premières heures du film racontent leur voyage vers l'île où Kurtz règne. Un voyage qui sera semé d'embûches, parmi lesquels le célèbre bombardement de la ville sur la Chevauchée des Walkyries de Wagner. Une scène culte et immense qui représente à elle seule toute la partie du film où les soldats accompagnent le colonel Kilgore (joué par Robert Duvall, et qui prononce la phrase mythique qui a donné son titre à l'article), un vrai timbré qui ne pense qu'au surf. Mais ce n'est pas le seul moment inoubliable... En fait, tout est inoubliable dans ce trip. J'aime même cette scène contestée, qui n'apparaît que dans la version longue, où les soldats en mission prennent du plaisir avec des pin-ups à l'intèrieur d'un vieil hélicoptère négocié. Une scène que beaucoup jugent inutile, mais qui est, je trouve, pleine de tension, une tension latente, qui en rajoute à l'enfer que nos héros vivent. Toujours est-il qu'au fil du voyage, Willard explore le passé du colonel Kurtz, son ascension insensée, son parcours. Il devient vite complètement captivé par cet homme, qu'il considère comme un génie absolu et un visionnaire, et se demande comme il a pu sombrer dans une telle folie. Plus les jours avancent, plus il tarde à Willard de rencontrer cet homme qu'il admire par dessus tout. Plus Willard perd des hommes, aussi.

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C'est après une scène culte (qui, encore une fois, n'apparaît que dans la version longue) mais assez ennuyeuse et se traînant en longueur (la seule du film, de loin !), où Willard est convié dans une plantation française, qu'il finit par arriver sur l'ïle de Kurtz. La dernière heure du film se passe sur l'île, et est magistrale de bout en bout. L'arrivée est immense. Dans le calme le plus gênant et le plus pur, Willard arrive, observé par la tribu. A l'entrée de l'île, ces deux mots écrits sur la pierre: APOCALYPSE NOW. Il fait la rencontre, sur cette île, d'un ancien reporter devenu complètement maboul, et campé par un Dennis Hopper en pleine forme (et faisant subir son horrible odeur aux autres acteurs, comme dit précédemment !), qui le guidera à Kurtz. Kurtz, c'est avant tout un Marlon Brando vieillissant, gros, qui n'a évidemment plus son charme d'antan, mais est deux fois plus impérial. Quand Kurtz sort de l'ombre, il fait à Willard un monologue terrassant sur l'horreur, la base même de l'horreur. Willard est dépassé par tout ce qu'il a subi, et, au lieu de tuer tous les indigènes, comme Kurtz le lui avait recommandé, il tue Kurtz au cours d'un sacrifice indigène, toujours sur ce The End oppressant où Jim Morrison clame des kill terrifiants. La fin est incertaine, mais on la devine aisément: Willard est devenu Kurtz, a pris sa place et est bien décidé à régner. Willard est devenu fou. Il a vu... l'horreur...l'horreur.

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Concrètement, que dire de plus... Que tous les acteurs sont monumentaux, de Martin Sheen qui touche le rôle de sa vie à Marlon Brando qui campe sa dernière heure de gloire, en passant par ce Dennis Hopper renversant (ce mec, de toute façon, est un fou furieux: quiconque a vu Blue Velvet le sait bien !), et ce Robert Duvall en colonel aussi déglingué qu'incompétent et bourrin... Apocalypse Now est plus qu'un simple film de guerre: c'est un voyage mystique au bout de la folie. Comme il y en a à chaque fois dans les grands films sur le Viêt-Nam. Dans Voyage Au Bout De L'Enfer, c'est Nick qui devient complètement possédé et dépendant de la roulette russe. Dans Full Metal Jacket, c'est Lawrence alias Baleine, simple d'esprit, qui disjoncte à cause du sergent, et finit avec une balle dans la bouche. Ici, c'est Willard, qui s'enferme dans l'ombre d'un homme qui n'a plus sa tête. Une aventure psychologique hors du commun, qui laisse dans la tête de chacun  des empreintes indélébiles. Sans le moindre doute le plus grand film sur la guerre de la honte avec Voyage Au Bout De L'Enfer (je mets les deux au même niveau, personnellement), et l'un des plus grands films sur la guerre tout court, quelle qu'elle soit. Un monument souvent imité mais jamais égalé, qui prend aux tripes et y reste longtemps après.

L'horreur...l'horreur...